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Oncle Lester

Hail to Mizz Jones, ou comment tomber sur le cul à 21h au National

Claudia Boutin
28 mai 2010

Si vous vous intéressez au phénomène de la musique populaire, à son histoire et sa présence au cinéma, vous aurez sûrement croisé à un certain moment un gentleman du nom de Simon Frith. Le monsieur a rédigé de nombreux ouvrages dès 1978 sur la sociologie du rock, du soul, du rythm and blues, et j’en passe. Devenir critique musical pour le Village Voice ? C’est fait. Juge au sein du comité du Mercury Prize ? Check. Qu’est-ce que tout ce verbiage a à voir avec Sharon Jones, vous direz-vous. C’est que dans un de ses nombreux ouvrages, Frith affirme que, lors d’une performance musicale, notre corps et ses réflexes dépendent grandement sur les vibrations provenant d’autrui. Voilà.

Aujourd’hui, j’ai mal. Mal d’avoir hurlé comme une louve en chaleur (tiens tiens, c’est la pleine lune…); mal d’avoir dansé ma vie sur le meilleur boogie qu’il m’ait été donné d’entendre depuis fort longtemps; surtout, j’ai mal pour tous ceux qui se sont butés le nez à une porte affichant COMPLET au National hier soir. Si vous avez lu le billet de ma collègue Pimbêche, vous savez déjà que Mizz Jones nous a manipulés tels des poupées de vaudou. Tout ce qui pouvait bouger sur nos corps le faisait de façon exponentielle (plis de coudes, boucles d’oreilles, sueur de front, etc), tantôt sur la pièce Money, plus loin sur Mama Don’t Like My Man, un moment particulièrement fort de la soirée. Le cerveau à off, le corps à on et les poumons en feu: la salle entière buvait les rythmes endiablés des Dap Kings et les soubresauts endiablés de leur première dame. Certes, Mizz Jones a une recette bien à elle qu’elle utilise à répétition, invitant des spectateurs ( Favrice ?) et des spectatrices (hum hum, une pimbêche qui danse…) sur scène pour barrater l’air de coups de bassin et d’éclats de paillettes; mais pourquoi se plaindre quand c’est tout simplement jouissif. Dirty Dancing ? De la p’tite bière. Dur, dur de se relever d’un tel show…

 

Le National est peut-être loin d’être une église en pleine canicule, mais la salle a sans aucun doute été témoin d’un véritable moment de gospel. Otis, James, Wilson: respect éternel. Mais…watch out: c’est maintenant l’heure de Sharon-iser au grand jour. Hallelujah, get up off that thing !

Et The Heavy dans tout ça ?

Tout un album, ce  House That Dirt Built, fiou ! Pourtant, The Heavy était loin d’être…heavy ? Une entrée en scène un peu trop doucereuse pour le groupe de Noid, en Angleterre. Le début de l’album, avec son intro sortie d’un slasher des années 1980 et la pièce Oh No ! Not You Again !, aurait été une excellente entrée en la matière. Malgré le charisme et l’énergie explosive du chanteur Kelvin Swaby, la poussière est restée au sol un peu trop à mon goût. Les élans vocaux à la Stevie Wonder et Curtis Mayfield (et Zach de la Rocha, non ?) de Swaby sont pourtant entraînants et il serait bien avantageux pour les autres membres du groupe d’en être contagiés. Simon Frith aurait quelques trucs à leur suggérer, peut-être…Malgré tout, The Heavy reste bien prometteur et pas juste aux yeux de ces babes qui clignaient des cils devant le batteur.

À lire : Frith, Simon. 1998. Performing Rites. On the Value of Popular Music. Cambridge: Harvard University Press.

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À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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