BangBang : bangbangblog.com

Oncle Lester

Herschell Gordon Lewis: Un Bloodfeast of Friends à Fantasia !

Claudia Boutin
10 juillet 2010

Après une séance d’autographes au centre-ville, une première mondiale du documentaire The Godfather of Gore, une projection en format 35mm de Blood Feast et un after au Saphir, l’événement Herschell Gordon Lewis a démarré en trombe la programmation de Fantasia. C’est avec une ovation, et quelques poings bien hauts dans les airs, que le public du Théâtre Hall Concordia a accueilli hier soir le mythique réalisateur américain; à 81 ans, HGL n’est pas piqué des vers, comme on dit. Poulet frit, pin-up en bécane, sacs à vomi et banjo enflammé: Oncle Lester vous en parle…ici et maintenant.

« Les films de Herschell Gordon Lewis sont comme Walt Whitman et sa poésie: ce qu’il fait n’est pas vraiment bon, mais il a tout de même été le premier à le faire». Ce n’est pas moi qui le dit. Imaginez plutôt un octogénaire à la verve indéniable, devant un immense sphinx et des écritures ensanglantées, et vous aurez peut-être une petite idée de ce qui s’est passé durant la projection du documentaire de Frank Henenlotter et Jimmy Maslon: non seulement 106 minutes de plaisir cinéphilique, mais également des éclats de rire sincères, des blagues punchées et des anecdotes incroyables que seules les créations «D.I.Y» peuvent procurer.

Peut-être est-ce parce que j’ai visionné il y a quelques jours The Future is Unwritten, excellent portrait de Joe Strummer par le cinéaste britannique Julien Temple, mais la présence de HGL au sein-même de la narration m’a énormément plu. Au contraire de Temple qui examine une icône maintenant trépassée (du moins physiquement), Henenlotter et Maslon ont pu compter sur la  participation active de leur objet d’étude. Tout au long du film, Lewis exerce un rapport frontal à la caméra, très pédagogique, ce qui fait beaucoup de sens alors qu’il nous apprend que son métier premier fut celui d’enseignant. Les regards constants à la caméra sont les bienvenus, tous comme ceux présents dans Blood Feast ou Two Thousand Maniacs (1964) le sont. C’est a-mu-sant, voilà. Après un dur labeur de près de cinq ans, les documentaristes ont réussi à concocter un film à l’image de ceux de Lewis, c’est-à-dire parfois maladroit mais tout de même bien ficelé. Et c’est là toute la force de ce documentaire : les gros-plans et la musique étourdissent, provoquent la nausée avec l’image en HD…tel que le font les images de tripes et de cervelles dégoulinantes crées par Lewis. Un bémol toutefois: si le récit d’un film  de HGL est risible tout en demeurant franchement créatif, amusant (encore là, ce n’est pas moi qui le dit, mais bien le parrain lui-même: «to say that there was almost no plotline is a euphemism»), les moyens auxquels ont recours Henenlotter et Maslon font parfois tiquer. Je pense entre autres à la séquence où Lewis et son compagnon de longue date, le producteur David F. Friedman, reviennent sur les lieux de tournage de Two Thousant Maniacs !. En mélangeant images d’archives et images du temps présent, on en vient à suggérer que les habitants de Pleasant Valley accueillent Lewis et Friedman comme ils l’ont fait quarante ans auparavant pour les personnages du film, que la fiction déborde de l’écran. Même chose pour la rencontre entre les deux amis et Jerome Eden, un acteur ayant régulièrement travaillé avec l’équipe de HGL:  elle est mise en scène dans la chambre de motel du film de 1964; Eden accueille ses comparses dans cette pièce qu’il semble ne jamais avoir quittée, ébahi devant le hasard d’une telle rencontre. S’en suivent des farces de mononcle et des soupirs (de la part de mon voisin et de la mienne) du style « Ouais, ouais…». Un clash non-nécessaire.

Cela dit, The Godfather of Gore demeure instructif dans sa mission; il ouvre des portes sur un marché plus underground du cinéma américain des années 1950 et 1960, présentant des extraits de nombreux nudie cutie (des films de tous-nus) réalisés par Lewis. Ce segment du film est d’ailleurs riche en anecdotes hilarantes, notamment lorsque HGL et Friedman racontent leurs expéditions dans des camps naturistes. Le virage du mythique réalisateur vers une esthétique gore est longuement abordé à travers un panorama de son oeuvre post-Blood Feast; des interviews avec des critiques de l’époque expliquent le contexte de réception des premières oeuvres gore. Je retiens surtout le clin d’oeil sarcastique que Henenlotter et Maslon font envers le cinéma classique et ses monuments: alors qu’un journaliste est cadré en plan rapproché, racontant son dégoût lors d’une projection de Blood Feast à sa sortie, le coin droit de l’écran est occupé par une affiche de Citizen Kane, d’Orson Welles : « Everybody’s talking about it ! With The Mercury’s Actors ! It’s terrific!». Pas trop loin de HGL et de son « Nothing so appalling in the annals of horror !» et de la section présentant la playmate Connie Mason comme tête d’affiche…

Comme l’acteur/réalisateur John Waters le souligne dans ses nombreuses (et délectables) interventions tout au long du film, l’oeuvre de Herschell Gordon Lewis était et est toujours essentielle, oeuvrant comme soupape dans un cinéma plus classique, de grands auteurs, de figures-panthéon. «It ain’t for hipsters, intellectuals». En effet, ses films sont un exutoire, que ce soit pour évacuer des pulsions sexuelles à l’arrière d’une Eldorado, envahir de couleurs choquantes un écran tout de noir et de blanc, ou pour laisser retentir des rires bien gras dans un sous-sol. The Godfather of Gore, c’est à la fois tout cela, mais aussi une leçon de cinéma conviviale, un agréable festin entre amis.

Un extra, avec ça ?

Si le cinéma gore vous intéresse, je vous invite à consulter une source d’information des plus inusitées. Intitulé Vers une exposition de la haine: gore, pornographie et fluides corporels (2008), l’ouvrage étudie, entre autres, la relation entre les fameux meat shot du gore et cum shot des films pornos. C’est un mémoire de maîtrise rédigé par Éric Falardeau et déposé à la Faculté des études supérieures en études cinématographiques de l’Université de Montréal. Holy bananas !

Moment fanzine no. 1: HGL cache-t-il une chainsaw derrière son dos ?


Moment fanzine no. 2: des notes de cours non-autographiées avec du sang de poulet.

Pas encore de commentaire.

Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

À propos

RUBRIQUES