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Oncle Lester

Fantasia 11/07: Rubber, de Quentin Dupieux et I Spit on Your Grave, de Steven R. Monroe

Claudia Boutin
12 juillet 2010

Que faire quand le bidule télévisuel du métro vous annonce, en lettres rouges, que la qualité de l’air est mauvaise ?  Surtout pas l’envoyer promener et sortir un vélo pour suer des plis de coudes. Nenon. Sous le soleil, tous les chats sont gris et dégoûtent des sourcils; je laisse ça aux autres. Douce, belle, paisible journée passée à Fantasia.

Affichant complet depuis plusieurs jours, la représentation de Rubber cet après-midi avait déjà de quoi faire jaser les cinéphiles et autres curieux dans la file d’attente. De un, Quentin Dupieux a.k.a. Mr. Oizo est à la barre du projet en tant que réalisateur/scénariste/monteur/directeur photo/compositeur…bref, une combinaison de boulots qui laisse présager une vision d’auteur. De deux, le protagoniste du film est un tueur en série pneumatique répondant au nom de Robert…oui, un pneu. Un tire qui se découvre des envies morbides alors qu’il se retrouve abandonné sur le bord d’une route, en plein désert. Grâce à ses supers pouvoirs télépathiques, Bob fait passer à la guillotine une panoplie de spécimens, d’une bouteille d’eau à un scorpion, en passant par une bouteille de bière et un lapin…sans oublier une femme de chambre dans un motel qui, littéralement, perdra la tête en apercevant le dit tueur prendre une douche.

«Hum, et les producteurs, ils ont consommé quoi avant de sceller l’entente avec Dupieux ?», vous demandez-vous. Comme mon très chic voisin de gauche s’est permis de commenter à voix haute et ce, à plusieurs reprises durant la projection (comme quoi avoir une passe pendouillant au cou n’est pas nécessairement synonyme de  courtoisie et de savoir-vivre VIP), ça donne quoi ? C’est qu’avec Rubber, le réalisateur établi une trinité entre les spectateurs de la salle, les personnages du film et ses spectateurs intradiégétiques. Explication: le film débute avec un discours sur le cinéma comme étant plus souvent qu’autrement un lieu de non-sens, discours prononcé par le shérif tout droit sorti du coffre-arrière de sa voiture. On croit d’abord qu’il s’adresse à nous qui siègent dans la salle J.A. de Sève, jusqu’à ce que la caméra fasse un saut d’axe de 180 degrés. Armé de lunettes à longue vue, un groupe de personnes (le papa, son fils, l’Afro-Américaine au tact indéniable, le nerd, le petit gros, etc.) qui suivent exclusivement le parcours du pneu assassin apparait à l’écran.

C’est une belle mise en abîme que propose Dupieux, par rapport à l’appétit cannibale du public, à sa consommation de plaisir à et son savoir cinématographique.  Tout au long, il joue avec les attentes de ses personnages et les nôtres: alors que la durée d’un plan s’étirait, un personnage aux longues-vues et moi-même avons simultanément soupiré en disant/pensant «I’m already bored». Et le rythme de la partie est maintenu ainsi, jusqu’à la fin. Si le film de Dupieux manque parfois de subtilité, ses lacunes s’oublient facilement et se mutent rapidement en charmants clins d’oeil aux films de genre. Si Hitchcock avait pu créer une aventure de Robert le pneu dans les années 1940-1950, il l’aurait sans doute fait. Mention spéciale à la musique originale de Gaspard Augé et de Quentin/Oizo Dupieux, qui bonimente parfaitement la déchéance de Robert/Rubber; la scène d’ouverture, avec son désert parsemé de chaises éparpillées, rappelle le surréalisme de Magritte et annonce déjà le ton des événements à venir.

Voilà qui résume la projection «heure du cocktail/5 à 7». Ce qui a suivi se résume plutôt à une expression trouvée dans un épisode de Friends qui, à l’habitude, me fait mourir de rire: I Spit on Your Grave de Steven R. Monroe est un film du type «kick-you-in-the-crutch-spit-on-your-neck». Ça fesse. À la sortie du Théâtre Hall, on retrouvait de tout du côté des spectateurs: discussions animées, silences prononcés, visages pâles et zombiesques, des larmes, etc. Présenté en première mondiale, le long métrage de Monroe est une reprise de Day of the Woman (1978) du réalisateur d’origine palestinienne Meir Zarchi. Les deux versions présentent la descente aux enfers d’une jeune écrivaine aux prises avec un groupe de hillbilies meurtriers, qui la laissent pour morte dans les bois sans se douter de ce qui les attend par la suite. Et je m’arrête ici en ce qui a trait à la question d’adaptation. N’ayant vu ni la version de Zarchi, ni la panoplie de remakes et autres films de torture porn ( Saw, Hostel, etc.) qui pullulent sur le marché, je laisse le soin aux adeptes d’analyser en profondeur ce qui leur a été présenté ce soir.

Par contre, je me permets de souligner qu’ I Spit on Your Grave me laisse perplexe et ce, à plusieurs niveaux. Le film sortira en salles au États-Unis et au Canada en octobre prochain, dans sa version non-censurée. On peut déjà prédire que le fameux débat entre promotion et dénonciation de la violence faite aux femmes viendra faire son tour dans les médias. Et c’est là que je suis confuse. Car si LES scènes de viol présentes sont doublement horrifiantes, du fait que non seulement Monroe les a tournées mais qu’un des maniaques se plait à le faire en version maison, c’est surtout la punition attribuée aux vilains qui m’a fait tourner de l’oeil. La chair (et l’anatomie) est prise d’assaut par des crochets, de l’acide, des corbeaux (Hitchcock, es-tu là ?) et j’en passe; le moment freakant pour une néophyte telle que moi, il est apparu quand je me suis mise à applaudir cette torture, à l’attendre de pied ferme. On ne se le cachera pas, personne ne va voir ce film en trépignant d’excitation devant les abus sexuels perpétrés envers le personnage de Jennifer Hill. D’un autre côté, je n’ai pas l’impression non plus qu’après le visionnement du film de Monroe, la gent masculine se ruera dans les ligues contre la violence envers les femmes, armée d’un esprit missionnaire et les couilles rabougries.

Comme tout n’est jamais noir ou blanc, et que tout n’arrive pas pour une raison précise au cinéma («No reason», comme dirait le shérif dans Rubber), je laisse la poussière retomber pour l’instant. On s’en reparle en octobre ?

Pas encore de commentaire.

Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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