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Oncle Lester

Fantasia 12/07: The Naked Kitchen, de Hong Ji-young

Claudia Boutin
13 juillet 2010

Je possède deux péchés des plus capitaux. La gourmandise m’habite depuis belle lurette et ce, bien avant que le prénom de mes proches n’ait été assimilé. Il n’y a qu’à regarder des photos de bébé et vous verrez où mon sourire est des plus charmeurs: là où il y a un banquet à se mettre sous la dent de lait. Péché no. 2 et confession bloguiste du mardi: les comédies romantiques, ça me plaît. Beaucoup. Si le VHS de Bridget Jones Diary, trouvé pour deux dollars au Village des Valeurs, pouvait parler, il se mettrait sur la CSST: un burn-out total. De la fameuse scène orgasmique de Sally, en pensant par les duels Tracy/Hepburn et les épanchements de Molly Ringwald dans Sixteen Candles : je suis au rendez-vous (attention, je n’ai pas dit chick flicks; ça, c’est une toute autre paire de manches…). Quand  je suis tombée sur la page web de Naked Kitchen, une bulle a aussitôt fait pop ! Deux plaisirs coupables pour le prix d’un ? De la fine cuisine et un triangle amoureux: Oh-que-oui, comme dirait MC Gilles !

Hélas, le premier long métrage de la réalisatrice et scénariste sud-coréenne m’a laissé sur ma faim (on laissera passer ce jeu de mots, s’il vous plaît). Bon, mais qu’est-ce qu’elle connaît, la fan des histoires à toutounes fantasmant sur des monsieurs arrogants, et qui passent leur temps à s’engueuler avec leur entourage comme des féministes mal-léchées, faute de médication ?

J’ai d’abord mis la faute sur les sous-titres en anglais qui ont dilué le tact des dialogues de Hong Ji-Young. Mes voisins, sans aucun doute fluents dans la langue originale, ont ri durant des scènes qui n’ont pas eu le même effet par chez nous. Il nous manquait des bouts, sans aucun doute (et des conjonctions, et des pronoms, et des verbes bien accordés). Aussi, quelques questions sont restées sans réponses: y avait-il lieu de penser, au début, que les personnages masculins entretenaient un désir homosexuel l’un envers l’autre, quand les mots «célébrer» et «passer la nuit ici» apparaissent en sous-titres ? Ils sont pourtant côte à côte, comme des vieux amis, et à aucun autre endroit y a-t-il une telle référence textuelle. Mais bon.

Ensuite est venu le syndrôme de la blanche occidentale, et son réflexe à orientaliser, à rendre exotique ce qui se passe ailleurs. Peut-être avais-je trop d’attentes farfelues, du style: en Corée du Sud, on fait l’amour dans des feuilles de riz, un french goûte le gingembre, bla bla bla. Non mais, s’il y a bien quelque chose d’universel, c’est les foutues relations hommes-femmes. Tu ne t’attendais quand même pas à ce qu’on te présente un film colonial, du type «voici le pavillon sud-coréen et ses spécimens» ? Une paire de fesses reste une paire de fesses, et une montée de lait arrive soudainement, peu importe l’hémisphère dans laquelle on se trouve.

Hé bien, non, justement. Le genre de la comédie romantique est axé sur un temps présent particulier, et des notions telles que la place occupée par la culture populaire, les références vestimentaires et esthétiques (est-ce qu’un hipster est considéré comme sexy, par exemple) et tout ce qui a trait aux comportements en public (l’indécence, les bonnes manières) sont capitales. The Naked Kitchen embête par sa tiédeur en la matière. Le film est basé sur un topo bien classique: un jeune couple, la jolie Mo-rae et le rationnel Sang-in, célèbre leur anniversaire de mariage; alors que la demoiselle est à la recherche d’un présent pour son bien-aimé, elle fait la rencontre inusitée de Du-re dans une galerie. Une fois les vapeurs sexuelles dissipées, Mo-rae apprend que son ténébreux est un nouvel associé de son époux. La séquence où la jeune femme fait l’amour avec Du-re est magnifique: le tout est tourné en plans rapprochés, captant les chairs de poule et les veines pulsantes; la réalisatrice entoure les deux corps d’un halo de lumière, en surexposition. Chaud, chaud, et bien senti. Les dix premièrs minutes laissent présager un sens de l’esthétisme minutieux (féminin, comme diront certains), et pleinement manifesté.

Ensuite,on ne sait plus sur quel pied danser, tant au niveau formel que scénaristique. Et hop, un peu de mélodrame à grands coups de violons, un peu de coolness à la Sundance durant une séance photo en cabine (parfaite pour un profil FB), des ralentis qui alourdissent le rythme jusque-là bien soutenu. C’est que Hong Ji-young a voulu inclure à la fois le drame d’une femme déchirée entre deux hommes et son évident plaisir à se découvrir une sexualité; la mission est noble, l’humain étant une créature à plusieurs facettes. Le film de Ji-young les possède également, ces facettes multiples, mais il en résulte une oeuvre morcelée, chambranlante; à vouloir tout explorer, elle n’a fait qu’effleurer plusieurs pistes qui s’annonçaient prometteuses.

Dans la traduction de Nicolas Archambault d’un descriptif du film, on aborde le point suivant: « La Corée du Sud a produit son lot de films gravitant autour de la haute cuisine où mitonner un bon repas relève du grand art et dans lesquels le rituel consistant à préparer et servir la nourriture s’avère poétique et d’une beauté époustouflante». Or, la laissée-pour-compte ici est cette fameuse cuisine, bien peu mise à nue d’ailleurs; la caméra furète avec une pudeur quasi-victorienne. Elle est  où cette chair de poisson que l’on tranche , la sève coulante des légumes bien frais ?  On se contente de nous faire une lecture sur la place des sauces au sein de la cuisine nationale, en quelques phrases tout au plus. Du-re, l’intrus séduisant qui fait littéralement frétiller le jeune couple, est reconnu comme étant un chef hors-pair. Durant un repas cuisiné en l’honneur de Mo-rae et Sang-in, ce dernier compare le jeune homme à Mozart: il est un artiste fougueux et instinctif, alors que lui, véritable Salieri, s’embourbe dans un carcan culinaire. Arrive un potage au safran qui comble de bonheur Sang-in, mais que la réalisatrice s’entête à capter de loin. Jamais n’ai-je eu un seul instant l’eau à la bouche, comme si on m’avait bandé les yeux et pincé le nez  durant les 102 minutes qu’a duré le film. Rester sur sa faim, disais-je.

Cela dit, jamais un sans deux sans trois ! Fantasia a inclus dans sa programmation deux autres longs-métrages qui tenteront de faire jouir vos papilles gustatives. Pour les cinéphiles gloutons, Le Grand Chef 2 : Kimchi Battle du Sud-Coréen Baek Dong-hoon est projeté ce soir (le 13) au Théâtre Hall, à 19h20; du côté du Japon, le film Rinco’s Restaurant de  Mai Tominaga sera présenté en première nord-américaine, le 25 juillet prochain à 14h. Bon appétit !

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Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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