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Oncle Lester

Clôture de Fantasia 2010: de la Place des Arts au Divan Orange.

Claudia Boutin
29 juillet 2010

Jamais une foule aussi éclectique n’aura foulé les bancs de la salle Wilfrid-Pelletier: cinéphiles francophones et anglophones côtoyaient des spectateurs à la chevelure poivre et sel, au mohawk violacé et aux robes à pois. Une audience magnifique, au coeur léger et à l’esprit bouillonant. Présenté en première est-canadienne, Metropolis, chef-d’oeuvre incontesté de Fritz Lang, s’avérait le parfait événement de clôture pour cette édition du festival Fantasia. À l’image de ses admirateurs, le film se présente comme une longue pétarade aux multiples éclats; la version restaurée, d’une durée de deux heures et quasi-trente minutes, rend justice au génie du réalisateur allemand, à sa riche culture littéraire et cinématographique. Tout y passe: les références à l’expressionnisme allemand (la première école de Lang), à la biomécanique de Meyerhold et au constructivisme (l’homme qui devient machine), au roman de science-fiction (Jules Verne et H.G. Wells), au mélodrame hollywoodien (l’amour pur et chaste de Maria et Freder), et j’en passe. Scénarisé par Thea von Harbou, la femme de Lang, Metropolis est  encore matière à débat quant à sa position politique, Lang étant un farouche adversaire (dans son coeur, en tous les cas) du parti Nazi et sa femme, une partisane conquise.  De voir ce monument de l’histoire du cinéma sur grand écran ne peut qu’être envoûtant, tant il y a à dire sur le style de Lang: son utilisation de la caméra subjective, quand l’objectif devient le corps de Rotwang, nous laissant voir uniquement sa main qui farfouille (un procédé rarement utilisé dans un cinéma institutionnel et de grande facture); son influence sur ses contemporains et disciples, de Dziga Vertov (L’homme à la caméra comme une prolongation des premières scènes de Metropolis, avec ses manivelles et boulons en gros-plans) en passant par Walt Disney (la fuite de Blanche-Neige en forêt est similaire en tous points à celle de Maria chez Rotwang) et James Cameron (Titanic et son décor plus grand que nature) est indéniable. Mais, je ne vous apprend sûrement pas quelque chose de nouveau en soulignant la richesse du film de Lang; une pléthore d’académiciens et de critiques bien établis ont déjà contribué à la chose auparavant.

Ce que je peux me permettre d’ajouter, c’est que de présenter une oeuvre comme celle-ci dans le cadre d’un tel festival est un geste démocratique nécessaire. Oeuvre canon, Metropolis pourrait donner des lettres de noblesse supplémentaires à Fantasia, effritant ainsi l’étiquette «films de genre» plaquée sur le festival; d’un autre côté, l’éclectisme et la fougue de ce dernier permet de voir le film de Lang sous un autre angle, de mettre au grand jour ses imperfections tout en les rendant charmantes : il n’y a pas de place pour le snobisme et la perfection à Fantasia, monument ou pas. Geste démocratique aussi, du fait qu’un tel travail de restauration soit partagé avec le plus grand public possible; enfin, de célébrer le travail colossal des cinémathèques et autres musées du cinéma. Un an complet et 840 000 dollars ont été investi dans la reconstitution du director’s cut et dans la réparation des images trouvées en Argentine, en 2008.  Les signes visibles de la restauration, des images brouillées/lignées aux intertitres comblant les vides laissés par la disparition de photogrammes, étaient une partie intégrante du spectacle, au même titre que l’orchestre dirigé par Gabriel Thibodeau.

Si parfois la concordance entre image et son pouvait être remis en question (avec les fameuses soupapes d’usine, notamment), on peut se demander jusqu’à quel point une rigueur parfaite peut être atteinte. Et ce serait être d’une condescendance certaine que laisser ces quelques moments d’hésitation, de très courte durée, ombrager l’ensemble de la performance musicale. L’ovation réservée au maestro et à son orchestre l’a d’ailleurs prouvé, alors que tous et toutes étaient déjà debouts, les applaudissements couvrant les dernières notes de la symphonie. «There can be no understanding between the hand and the brain unless the heart acts as mediator», comme l’annonce les premiers mots de Metropolis. L’orchestre s’est révélé être ce coeur, palpitant à la fois au rythme des photogrammes de Lang et à celui de mes cils battants.Magistral.

Peu après, au Divan orange…

C’est dans une chaleur louisiannaise que s’est produit sur scène le collectif Canailles, en première partie de Bad Uncle et de ses membres circassiens. La sueur dégoulinant du plafond n’a su éteindre nos pieds enflammés et rafraîchir ces cavités suantes du corps humain. C’est que les deux groupes ont foutu le feu au Divan hier soir, et les cendres sont sûrement encore brûlantes ce matin…

À visiter: le site web de Kino International dédié à la version restaurée de Metropolis.

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Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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