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Oncle Lester

Un samedi à Aime sur les Quais.

Claudia Boutin
5 septembre 2010

Non, ce billet ne débutera pas avec un commentaire météorologique. On va se garder une petite gêne.

(Silence inconfortable. Mon clavier tremble. «I need a fix ’cause I’m going down», qu’il me pianote…)

D’accord, d’accord.

Pour tout vous dire, il faisait frette comme c’est pas permis dans le Vieux-Port. Vent d’automne, pluie intermittente qui mouillasse le brushing, soleil agace-pissette: une amusante palette aussi diversifiée que le line-up offert à cette première journée de M sur les Quais. Mais, on (je) y était tout de même de 15h à 21.30h, hypothermie ou pas. Fin de la chronique toc.

Si mes oreilles ont vibré au son de mélodies plus rock and roll/rockabilly/doo-wop ces derniers temps, elles étaient néanmoins curieuses de renouer avec  ce qui se rallie au indie-pop-rock (très inconfortable quant à l’utilisation de cet étiquette). Je ne sais pas vous, mais j’ai le coeur plus clément en concert qu’en écoute solo. Certains groupes qui n’avaient pas réussi à me convaincre côté album ont réussi à aviver mon intérêt en prestation live. Je pense notamment à Monogrenade qui, malgré un langage corporel parfois  engourdi, ont semblé requinquer leur Saveur des fruits en un tout polychrome et plus nuancé (et cette nouvelle chanson, on a manqué le titre !). Le chanteur, dandinant entre son micro et ses percussions, a certainement contribué à cet effet entraînant, mobilisant ainsi une foule encore discrète mais prête à bouger.

C’est d’ailleurs cet aspect qui m’a le plus accroché durant la journée, cette tendance à la rotation côté instruments, présente chez plusieurs groupes. DD/MM/YYYY, bien heureux d’être sur cette «beautiful planet of Montreal», ont joué à la chaise musicale durant la majeure partie de leur prestation; les transitions entre les chansons s’en trouvaient plus musclées, alors que le chanteur nous narrait une histoire, changeant constamment de chapeau (saxophone, claviers, batterie, alouette). Un peu longuet, certes, mais savamment orchestré. Même son de cloche du côté des membres du Roi Poisson: beaucoup d’énergie, quelques blagues détendues et une «Premier rang» du premier EP ont su ensoleiller (littéralement) le reste de l’après-midi. Ce qui a suivi est une toute autre histoire…

J’ai beau ne pas porter dans mon coeur les remix manouches des Lost Fingers ou à la crooner de Rod Stewart, j’ai quand même décidé de laisser la chance au coureur en m’approchant de la scène où se préparait Lucky Uke, hier après-midi. Révélation de l’été 2010 ? «Pousse, mais pousse égal» sont les premiers mots qui me sont venus en tête, alors que je suis allée ventiler sur le bord du fleuve, le souffle coupé devant une prestation assez infecte. En plus des reprises vaseuses de Metallica et de Guns N’ Roses, on a eu le droit à un degré élevé d’attitude chiante, mais chiante ! Quand un groupe commence en envoyant promener un des spectateurs (ami ou pas, je m’en fiche) de façon cavalière («qu’est-ce que tu fais, criss de tata, j’ai même pas encore chanté la toune», vous voyez le genre ?), la clémence mentionnée plus haut chute en un claquement de doigt. Aux dires du chanteur, le groupe n’a ni prétention artistique, ni démarche précise. Je confirme le tout en ajoutant: n’a aucun intérêt. Aucun. Et je m’arrêterai ici, car le «vous allez le devinez esti (qu’est-ce que la prochaine chanson), c’est niaiseux dans le fond» m’a achevé.

La joie est revenue avec Winter Gloves, qui ont réchauffé mes menottes glacées avec des chansons de leur nouvel album All Red, disponible depuis le 31 août. Le groupe s’est montré généreux en offrant un mini album de remix aux fans près de la scène. Non, mon bras ne fut pas assez long pour en saisir un au vol. Beaucoup de plaisir également du côté de Dance Laury Dance. Fidèles à leur devise «Living for the roll», Max «Wolf Fucker» Lemire et ses acolytes ont soulevé une foule de headbangers dès le départ avec «Burnin’ Hot». Blagues de pantalons de cuir/sexe oral et lancement de canettes étaient au rendez-vous.

La petite étoile dorée du jour:  l’album Tendre et Mauve en version live, qui m’a quasiment donné le goût de rebaptiser la journée M pour Meta Gruau. Costumes de scientifiques aseptisés, attitude vaguant entre arrogance new wave et punchée à la punk-rock; j’ai beau entendre que dalle quand Julien B. (à la batterie) s’exerce au chant, mais comme dirait le véritable Lester: «I never grew out of liking noise». Qu’est-ce qu’il vient faire là-dedans, lui ? C’est que pendant que Lucky tentait de faire un Hendrix de lui-même avec son ukulele, je me suis permis quelques minutes de lecture avec Bangs et son Psychotic Reactions and Carburator Dung.  «Corvette», «Superball» ou «Racine Plastique» de Meta ont de bien belles résonances dans un chapitre intitulé «Of Pop and Pies and Fun», consacré à la défense des Stooges et de leur Funhouse. Je ne vous en dis pas plus, de peur de chausser des sabots un peu trop grands, ou de péter ma gueule sensible avec des cothurnes format gratte-ciel.

Ce soir

Pause du M sur les Quais pour cause de rhume naissant. Le plan B (qui est pas mal B+) : un 5 à 7 au Quai des Brumes, avec les gars d’Avec pas d’casque. Dans l’amour qui passe à travers le linge jusqu’au cou ?

Pas encore de commentaire.

Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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