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Oncle Lester

L’autobus est au garage: bref retour sur Villagers.

Claudia Boutin
1 octobre 2010

Discrètement arrivé sur scène, après un tuning de guitare assez longuet, le jeune homme ne s’est pas présenté et n’a pas crié « I love you Montreal». Faute d’avoir un budget à la U2, Conor J. O’ Brien et sa guitare (attention: détruite par Delta Airlines) étaient les seuls membres du groupe à être présents à la Casa. Après Lost in the Threes, véritable bourrasque composée de sept musiciens et d’une armée d’instruments qui nous a littéralement coupé le souffle, je dois avouer que le duo cordes vocales/cordes guitaresques a pris du temps à me réchauffer.

En fait, deux chansons. Dès que «Ship of Promises» fut entamée, c’en était fait. Même les poules qui roucoulaient près de nous («il est mignon», «bla bla bla», «pia pia pia». Non mais, dans un salle grosse comme ma fesse où on n’entend même pas une mouche voler…) et cette fameuse Grecque inaudible n’ont pas su percer la bulle qui s’est formée entre le bar et la table de marchandise. Mais c’est qu’il a du coffre, ce villageois !  Une voix très Watsonienne, qui rend justice aux textes poétiques, malgré quelques rimes du style a-b-a-b qui viennent faire leur tour un peu trop souvent.

Un petit bémol côté vocal: certains bruits de bouches sont agréables à entendre, disons, lorsqu’un baiser est échangé entre deux être chers; ces mêmes bruits de langue qui claque sur les joues le sont moins dans un micro, durant une chanson en acoustique. O’Brien n’est pas toujours à l’aise sur scène, en solo. Le corps semble parfois réticent à se laisser aller. À de rares occasions avons-nous été témoins de cris gutturaux accompagnés d’un pliement de jambes inusité. Détrompez-vous, je ne suis pas en train de lui recommander des ateliers chez Omnibus ou des séances avec Margie Gillis. C’est même très agréable de voir un artiste encore sous le choc de la vague qui l’atteint de plus en plus, qui cherche encore son pied marin.

En fait, et au risque de ressortir un cliché, il aurait été bien fameux de le voir dans un pub, ce Villager(s): tout le monde assis, quelques-uns près du bar, devant lui, jouant sur un tabouret. Je me souviens d’un très beau moment passé à Dingle , la capitale du surf en Irlande et le point le plus à l’ouest de l’île (géographie 2.0). On venait d’échapper aux inondations qui sévissaient au nord du Comté de Kerry, à la recherche d’un bon repas et d’une pinte. Le Small Bridge (si ma mémoire est exacte) est un de ces endroits où il fait bon écouter un groupe local, près du feu. Les trois musiciens se contentaient de jouer près d’une table aux chaises disparates, en plein milieu de l’assistance. Oui, on parlait entre deux chansons et deux bouchées de stew, mais le silence régnait à nouveau une fois que le violon se faisait entendre. C’est dans cette ambiance qu’il aurait été plaisant de se retrouver. Quoique le silence était digne d’un troupeau de moines, il manquait une certaine proximité avec ce fabuleux musicien devant nous.

Pudique, ce Villager(s) ? Plutôt péjoratif comme terme. Discret  serait plus exact : pas d’épandage sur l’accueil canadien/québécois/montréal, pas d’explications longues comme le bras quant aux métaphores des textes, quelques questions ici et là pour s’assurer de la bonne ambiance. Surtout, j’ai admiré la sincérité de O’Brien quand il a interprété les chansons de son répertoire, où optimisme et désillusion se côtoient, durant lesquelles on ne nous a pas servis des blagues pour adoucir des pièces où l’amour semble s’être fait cruel pour le chanteur. Si je pouvais (et vous, sans aucun doute) mettre à jour si aisément les malaises amoureux et autres occasions où le coeur fut piétiné, sans sarcasme et sans fausse modestie, il faudrait me baptiser villageoise à en devenir.

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Pour boucler la boucle quant au transport en commun et les épiphanies qu’il cause, gardez l’oeil ouvert si vous prenez la 51 (Edouard-Montpetit), durant le quart de nuit. Il y a un chauffeur qui a décoré le tableau de bord et le rétroviseur de son pousse-pousse sous le thème de l’automne et des citrouilles. Joyeux comme tout: j’ai non seulement eu droit à un « Bonsoir» et « Bonne nuit», mais à un bonbon gratuit, disponible dans un micro-panier tout près de la machine à puce. Il y en a qui prennent l’Action de Grâce au sérieux, et tant mieux !

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Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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