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Oncle Lester

Mère nourrice au Quai : amarre ton biberon.

Claudia Boutin
24 octobre 2010

Anecdote: il y a une belle pièce au dernier étage de la  Grande Bibliothèque, propre, propre, propre, toujours vide. C’est à cet endroit que se trouve la collection nationale, côté paroles endisquées. Il y a quelques semaines, en passant par la rangée AUT6 (section interprète rhythm and blues/ruine-babines), je m’aperçois que les tables d’études devant les portes vitrées sont couvertes de vinyles. Judicieusement empilé, le tout forme un ensemble esthétique, répandu avec un hasard digne du catalogue IKEA. Sur le point de tourner dans la section POP1 (musique francophone), qu’est-ce que je ne vois pas coincé entre deux bonzes ? Les matins de grands soirs, album des déjantés Breastfeeders, le souffle haletant et la pochette pointant vers le ciel pour un brin d’air frais. «Que-oi ?», ai-je pensé. Mais il se meurt, il étouffe, pouf pouf, teuf teuf. «Y a-t-il un médecin dans la salle», me suis-je immédiatement écriée. Pas de réponse. Quelques sourcils levés. «Non, cela ne se fera pas !». Les mains dressées en cornes de taureau, je me suis élancée à travers la vitre, brisant au passage mes jointures et une crédibilité de nerd bien établie au sein de l’établissement. On m’a traînée, sanglante, hors de la salle, les pieds devant et la tête tapotant sur les marches des quatre étages (cinq avec le niveau métro)*. Amochée, mais heureuse, car de là-haut, on pouvait entendre Non, non, non ! Destinée…

Qu’est-ce que je pourrais bien ajouter, mis à part une suite gore à cette anecdote savoureuse, sans tomber dans la mélodie de l’éloge avec un grand E, dans cette compote sirupeuse qui nourrit des débats du style 4.5 sur 5 ?

Hier avait lieu l’événement-surprise au Quai des brumes, un concert en deux parties de Suzie Mc Lelove et ses brutes. Fidèle à son habitude, la gente dame mêlait habilement sourire craquant, collants criards et chants aux effluves de cerise. Du côté de ces messieurs, le blanc était toujours de mise pour certains pantalons et les cheveux sont demeurés nickel un long moment, avant que sueur et vapeur ne s’en mêlent.

Non, on ne s’en contrefout pas de ces détails. Ça fait du bien de voir que minutie et démence peuvent co-habiter sur la même scène. Picolla scena, dans ce cas-ci: les Breasts ont su maintenir le cap de ce petit voilier et, au plus grand bonheur des danseurs, Johnny Maldoror s’est élancé par-dessus bord avec succès. Comme l’a si bien dit ma voisine de derrière, «je ne sais pas quelle vitamine il prend pour se relever illico d’une telle cascade ?» Du calcium. Vous savez, ce qu’on retrouve essentiellement dans le lait ? C’est bon pour les os.

Luc Brien, avec l’éloquence qui lui est connue, a promis un deuxième set plus dément que le premier. Ce fut le cas. Des grands classiques de Déjeuner sur l’herbe ont détoné du lot avec, entre autres, une version allongée d’«Angle mort» et une «Vanille ou fraise dans la steppe» bien frappée. «Watusi» y était, «Ça ira» en clôture également. L’étoile dorée s’épingle toutefois sur le blouson de «Le Roi est nu», revampée elle aussi de quelques solos supplémentaires, bien accueillis par les nourrissons affamés que nous étions.

Surtout, il y avait des nouvelles chansons au menu (en quantité limitée pour l’instant, ordre de Bonsound). Vous aimeriez en entendre des extraits ? Pas besoin de courir quatre cents milles; le groupe a participé en mars dernier aux Sessions Bande à part et il est possible de visionner son passage en studio. C’est plus propret qu’en concert, bien sûr, mais vous n’aurez qu’à crachoter une gorgée de bière dans les airs devant votre ordinateur, pour tenter (sans succès, j’ai essayé) de recréer l’ambiance.

On ne reste pas longtemps sur le Perrier dans un show des Breastfeeders. Ils ont dix ans, le Quai en a vingt-cinq; on se retrouve quelque part au milieu, le temps d’une soirée festive et bien arrosée, littéralement. Santé !

*J’ai perdu une dent, entre le troisième et deuxième étage. La commotion cérébrale étant déjà entamée, j’ai oubliée de la ramasser. Gardez les yeux ouverts: c’est une molaire au diamant incrusté.

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Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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