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Oncle Lester

Mumford & Sons au National : ceci n’est pas une critique.

Claudia Boutin
13 novembre 2010

Le Divan orange, 11 novembre, vers 17h30: je réalise qu’à mon arrivée au lancement de Panache, la robe rouge que je revêts rappelle (trop) bien les murs du bar, la pochette de l’album et les autres chinoiseries offertes. Concept ? Hum, non: fallait être chic pour se rendre au Fameux vers les 10h, légèrement paumées alors que les cliques du jeudi démarrent leur virée nocturne. On a fermé boutique avec une poutine au smoke meat. Ouch.

Le National, 12 novembre, aux alentours des 8h : en voulant oeuvrer dans la relaxation vestimentaire et le confort capillaire, vieille chemise et tuque sont de mises. C’est à croire que la ville entière a célébré hier aussi : une marée de vêtements à carreaux a déferlé dans la salle (un effet secondaire de la galvaude, peut-être ?), et les brushings sont tous planqués sous de doux bonnets de laine. Ça s’agence si bien avec une envie de banjo et une odeur d’herbe fraîche.

Quand on regarde la pochette de Sigh No More, le premier album des londoniens Mumford & Sons, l’habit fait carrément le moine : le groupe apparaît dans la vitrine d’une boutique, en une belle bande de bohémiens, où chacun des membres met de l’avant son instrument et son costume bien choisi. Il y a Ben Lovett, l’accordéoniste semi-grunge aux pantalons blancs de mods; Winston Marshall, l’homme au banjo de fer, un cowboy tout droit sorti de chez Sergio Leone (Levis’ était en affaires dans le Far West, il me semble…); Marcus Mumford, guitariste et chanteur, le veston aux accents de dandy et de messe dominicale; et puis Ted Dwane, le bassiste qui, de loin, ressemble à River Phoenix.Très beau tout cela, mais…

«Qu’est-ce que tu veux que ça me crisse à moé, ça ? », comme se fait répondre le beau Rod dans La P’tite Vie.

Dans une entrevue accordée au Q Magazine en octobre 2009, Lovett affirmait que son groupe est formé de quadruplets, tant au niveau des harmonies que du côté du nom qu’ils ont choisi: « nous voulions quelque chose qui soit rattaché à l’idée d’entreprise familiale». Préparez vos « hooon » ou vos «beurk», mais cette idée d’unification s’est reflétée hier, dans le public présent au National: un vrai portrait de famille où, comme des petits moutons fraîchement tondus, les gens matchaient à la perfection, en chantant en choeur, tatouage contre tatouage, le trémolo se promenant d’une gorge à l’autre. Mon voisin s’est même retourné pour dire à qui voulait l’entendre (moi, dans le cas échéant) : «Eille, je suis là. Moi, je viens d’entendre ça pis de chanter là-dessus». Le spectacle était autant dans la salle que sur scène.

Quelle scène par contre ! Avec ses allures de vieux théâtre, la salle convenait parfaitement à Mumford & Sons et à ses allures de fête foraine sud-états-uniennes. Des guirlandes d’ampoules se berçaient du haut du plafond, tel qu’elles le font dans le clip de Little Lion Man. Le groupe a eu l’idée plus-que-géniale de ne pas réserver son plus grand succès pour la fin, ce qui nous a permis, à mi-chemin, de lâcher la tension qui nous tiraillait depuis la première minute et d’apprécier d’autres petits bijoux tels que White Blank Page (ze love song) et I Gave You All. Le moment fort du concert était toutefois le jam collectif avec Cadillac Sky sur la pièce Awake My Soul. Du rentre-dedans bluegrass, rien de moins. Je vous suggère d’ailleurs de vous rendre sur le site de La Blogothèque afin de visionner la prestation des Mumfords, en plein Paris, alors qu’ils réveillent leur âme. Littéralement. Et en français.

Il est d’ailleurs impeccable, le français de ces Britanniques: des phrases complètes, un accent craquant (« ton français est sexé », s’est écriée une voisine de fauteuil), et une connaissance du féminin/masculin dans l’accord déterminant/nom. « Est-ce qu’on dit cette ou ce chanson ? C’est masculin ou féminin ? Féminin ? Ah, je le savais», a-t-on pu entendre de la part de Marcus, quelques fous rires en surplus. Le groupe n’a pu s’empêcher de mentionner Charles de Gaulle, et la rivalité entre France et Angleterre des temps plus ou moins anciens, exploration touristique oblige. Je n’ai rien contre, si ce n’est du fait que cette même dame qui trouve le français sensuel ne pouvait s’empêcher de crier QUÉBEC ! à tout bout de champ; j’ai ainsi manqué les titres des deux nouvelles pièces qui ont été jouées. Léger bémol du côté des micros entre les chansons, où chuchotement des musiciens et hurlements de fans s’entrechoquaient. Pump up le volume, en bon franglais…

L’étoile dorée de la soirée: Mumford & Sons ont une super batterie…qui n’est utilisée qu’à partir de la moitié du set. Résultat: beaucoup de créativité au niveau corporel, surtout quand la bande à Marcus coordonne les sauts sur place afin de recréer l’effet des percussions. Les grenouilles sautillent; les Mumfords bûchent.

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Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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