BangBang : bangbangblog.com

Oncle Lester

Pour en commencer avec Aronofsky

Claudia Boutin
3 janvier 2011

Après quelques déceptions automnales côté cinéma, parmi lesquelles figurent Incendies de Denis Villeneuve (pitchez vos tomates ou vos oeufs dans la section commentaires) et Howl de Rob Epstein et Jeffrey Friedman (on ira prendre une bière ensemble pour en jaser, ça serait plaisant que vous restiez éveillés ici), ma fibre cinématographique cherchait désespérément un bol de All Bran pour retrouver sa régularité.

Mission accomplie cet après-midi, alors qu’Otto Dix au Musée des Beaux-Arts de Montréal avait un line-up aussi long que la langue démusclée de Gene Simmons. Mille ans plus tard, après avoir engouffré vingt-cinq livres de dinde, de farce et de blé d’inde lessivé (estomacs acadiens, respect), j’ai enfin pu m’asseoir devant Black Swan de Darren Aronofsky, un film que la Hollywood Foreign Press Association a nommé à quatre reprises aux Golden Globes Awards, qui se tiendront le 16 janvier prochain. La créature en tutu verra-t-elle ses ailes brûler aux côtés des casses-têtes d’Inception et des beat de Trent Reznor dans The Social Network ? Johnny Depp mérite-t-il sa double nomitation dans la catégorie Comédie/Film musical ? Un météore frappera-t-il la planète Terre en 2011 au lieu de 2012 ? Le caramel est-il vraiment inséré dans la Caramilk grâce aux efforts d’un hamster pédalant dans une roulette sur une chaîne de montage ? La neige a-t-elle vraiment neigé ? Que de suspense, que de mystère: est-ce qu’on s’en contre-c8%$* ?

Mon collègue du Ventre du dragon vous a pondu il y a quelque temps un billet fort bien écrit sur le film d’Aronofsky, et j’abonde majoritairement dans le même sens que lui: il n’y a certes rien de nouveau sous le soleil de ce cygne noir côté scénario, et si vous avez visionné les films précédents du réalisateur américain, vous savez déjà que les oiseaux chantants et autres garanties de fin heureuse ne figurent pas au menu. Sa caméra vogue toujours tel un navire en pleine tempête, les images captées par caméra à l’épaule et autres trompes-l’oeil vous assurant une bonne nausée tout au long de la projection. Si quelques clichés associés à la folie  y sont présents (le complexe d’Oedipe mal digéré, la dysfonction sexuelle, l’ambition meurtrière et j’en passe), le film est néanmoins bouleversant dans son rapport au corps et à la peau. Un craquement d’orteils retentissant au lever, des souffles courts captés en plein rave, des cuticules et des plaies quasiment gores : tout y est pour que le cinéphile à l’épiderme sensible et tout autre amateur de thriller horrifique y prenne son pied.

Non, l’excellent Black Swan d’Aronofsky ne réinvente pas la roue et c’est parce qu’il ne le fait pas que je vous encourage à visionner par la suite The Red Shoes de Michael Powell et Emeric Pressburger.  Véritable chef-d’oeuvre en Technicolor, le film de 1948 aborde le parcours laborieux d’une danseuse étoile et d’un jeune compositeur au sein d’une compagnie menée par un metteur en scène des plus exigeants. Le personnage de Moira Shearer, ballerine de profession et rouquine écossaise flamboyante, doit choisir entre l’homme qu’elle aime et une paire de chaussons aux tons de rubis, qui fait d’elle une vedette internationale. Le conte de Hans Christian Andersen est intégré à la perfection à cette intrigue certes mélodramatique, mais qui atteint des sommets rarement égalés en ce qui a trait à la danse au cinéma. Le point culminant: une séquence de plus de vingt minutes où Powell filme le ballet d’Hendersen dansé par la compagnie de Lermontov, alors que la jeune femme incarne une paysanne condamnée à danser jusqu’à sa mort. Les réalisateurs, bien influencés par l’esthétique des impressionnistes français, font bon usage de la surimpression, de la coupe franche et des gros plans faciaux afin de rendre la folie qui s’empare brutalement de la ballerine. La première scène du Black Swan d’Aronofsky, ainsi que la représentation du ballet de Tchaikovsky, s’en inspire sans aucun doute, non seulement par sa dimension onirique mais également par le soucis d’une caméra valsante à caresser et fracasser le corps à l’écran. Un pur délice (délire ?).

Si les oiseaux et les chaussons de danse n’excitent pas trop le fan de Natalie Portman que vous êtes, sachez (vous le saviez déjà, hein ?) qu’elle tiendra la vedette dans le film Your Highness de David Gordon Green (Pineapple Express),  aux côtés de James Franco et Danny McBride. Se payer la gueule des moyenâgeux en 2011 ? Pourquoi pas !

7 commentaires
  • Éric Dumais
    3 janvier 2011

    Haha… j’ai pas vraiment envie de débattre sur nos goûts de films respectifs, au contraire, je préférerais, tout bonnement, souligner ceci au passage: « Aussi long que la langue démusclée de Gene Simmons ». Pouhahaha!! Je pense que c’est la description la plus réussie qu’il m’a été possible d’entendre jusqu’ici. Bravo :)

  • Jean-Nic
    3 janvier 2011

    Votre plume et votre esprit d’analyse, distinguée collègue, ont visiblement bien survécu à la purée de canneberges ! :)

  • Twitted by andredesorel
    3 janvier 2011

    [...] This post was Twitted by andredesorel [...]

  • Marie
    3 janvier 2011

    C’est Nina Sears et Natalie  »pas de h » Portman. Seigneur…

  • Claudia Boutin
    3 janvier 2011

    @Marie: Merci pour la révision côté orthographe !

    Par contre, faudra m’expliquer le commentaire quant à Nina Sears, le personnage de N. Portman dans Black Swan…il ne me semble pas l’avoir mentionné plus haut. Pourquoi cet appel au Tout-Puissant ?

    C.

  • claudia
    3 janvier 2011

    (Haaa, sur le billet de Jean-Nic. 10-4 !)

  • Stephanie
    4 janvier 2011

    C’est Nina Sayers en passant.
    http://www.imdb.com/title/tt0947798/

    Je m’en vais me claquer Incendies aujourd’hui justement, à suivre.

Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

À propos

RUBRIQUES