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Oncle Lester

Francouvertes 2011: préliminaires, prise 4

Claudia Boutin
1 mars 2011

Hier soir avaient lieu au Lion d’Or les fameuses préliminaires francouvertiennes. Cette fois-ci elles marquaient le début d’une véritable danse de la séduction, côté concours. Les neuf premières places ayant été comblés la semaine dernière, l’arrivée des candidats de cette quatrième ronde est venue bousculer l’ordre des choses. Petit crapaud fringant, Hugo Bourcier a fait un grand bond dans le palmarès, délogeant Myëlle à la 5e position; le trio Filon d’art s’y est glissé en septième position, poussant du coude le projet post-Mockin’ Birds de Mordicus. Surprenant ? Oui…mais pas tant que ça. Maladroits par moments, ils ont tout tout de même eu un certain laisser-aller charmant, une denrée audacieuse qui s’est fait plus rare chez d’autres au cours de la soirée.

Appuyé par un quatuor à cordes, Auguste a été le premier à fouler la scène. Le groupe sherbrookois a une théâtralité certaine, faisant d’abord entrer les musiciennes invitées et pénétrant ensuite eux-même sur scène, l’air solonnel; leur apparence est soignée, du gilet-costard de Jean-François Lacasse, en passant par les accessoires gothiques de la pianiste et xylophoniste Annie St-Garneault. «Des fadaises, les Oscars c’était dimanche», me direz-vous. En fait, ces petits détails ont révélé, à mes modestes yeux, un soucis de bien faire les choses qui prend plus souvent qu’autrement le dessus sur l’instinct et le sens du jeu. Tout est bien enchaîné chez Auguste, tant au niveau des chansons que des changements d’instruments (de la basse à la grosse caisse chez Jérôme Dionne, et de l’organa à la guitare chez Lacasse). Il n’y a pas de place au babillage, les membres du groupe communiquant entre eux à l’aide d’un simple regard. Ce même regard est devenu plus intense lors de 3 jours en hiver, la chanson la plus entraînante de leur répertoire: Sébastien Pomerleau alterne entre chant et harmonica, ponctuant sa voix juste et suave de quelques coups de ruine-babine, le tout sous l’oeil attentif et amusé de ses comparses. Durant cette pièce, figurant au milieu des cinq chansons présentées hier soir, c’est tout Auguste qui s’est amusé, allant solliciter les battements de mains du public tout en débordant sur le « un jour je m’en irai de cette ville malade» chanté par Pomerleau. Si le groupe décide de maintenir le cap musicalement avec son folk à saveur emo, il aurait avantage par contre à s’éloigner de la thématique du coeur brisé et des soucis, disons, plus adolescents afin d’explorer cette poésie du vide abordée brièvement dans 3 jours.

Chaussé de ses bottes de cowboys, vêtu d’un t-shirt à l’effigie de  For a Few Dollars More (peace out, Clint !), et suintant une énergie digne du plus spaghetti des western, Hugo Bourcier a démarré en trombe avec Hiroshima (mon amour), chanson figurant sur La démangeaison qui précède l’orage. Le jeune auteur-compositeur-interprète et son groupe ont réussi là où leurs prédécesseurs sur scène ont échoué : à coups de «ou-ha», entre deux tours de chaise musicales et de blagues de banlieusards, il y a une énergie brute et bien prometteuse qui se dégage de ces (très) jeunes musiciens. Moins hermétique que l’univers d’Auguste, sans toutefois verser dans la pop gomme balloune (loin de là !), le répertoire de Bourcier témoigne d’une grande lucidité quant au monde qui l’entoure et à la culture musicale du passé (Hank Williams, Kraftwerk) et du présent (l’influence de Vincent Blain se fait sentir), et ses paroles front preuve d’une verve fougueuse. Mais bon. Le groupe devrait, un jour ou l’autre, sortir du garage  comme on dit, et aller fouiner quelques minutes du côté de groupes tel qu’Auguste (deux groupes, un combat différent, je vous l’accorde!) quant à la calibration du son. La distorsion est toujours bienvenue dans mes oreilles, mais il y a distorsion et crash d’avion suivi d’explosions exponentielles. Même son de cloche du côté vocal, alors que la voix de Bourcier, sensible aux fausses notes lors d’élans passionnés, gagnerait à projeter plus loin du micro.

Filon d’art a fermé le bal avec une prestation généreuse, offrant anecdotes de voyages et sourires en coin au public. Le groupe de Québec est revenu il n’y a pas longtemps d’une tournée au Pérou; si les voyages forment la jeunesse, tel que le prétend la célèbre maxime, ceux-ci semble avoir insufflé également chez le trio une humilité certaine («le quelqu’un d’ici est le personne d’ailleurs»). Les comparaisons avec Alaclair Ensemble (dont un des membres, KenLo, leur a donné un bon coup de pouce quand est venu le temps d’endisquer) sont compréhensibles, humour et discours étant bien orchestrés durant le flow de Zercos et Louf*uck; j’hésite à me lancer dans une évaluation de leur slam entre les pièces, n’étant pas maître en la matière. Si les rappeurs n’ont pas toujours l’air à l’aise quand vient le temps de s’adresser au public tout en parlant politique (n’est pas Manu Militari qui veut, mais c’est aussi assez intimidant, comme l’a mentionné ma collègue Ledoux), ils ont une bonne complicité sur scène. Zercos s’est fait taquiné quant à ses mouvements de danse inhabituels, un Zach de la Rocha plus maladroit si je dois illustrer, et a su répliquer avec tact. Complicité également avec l’arrière-scène : Dj »les doigts de fée »Uknow a eu droit à son solo et ses moments en tant que cheerleader (tape tape les mains, tape tape le coeur). Filon d’art apparaît certes comme un tout bigarré, mais tout de même un tout. Et un qui raconte une excellente blague sur Woody Allen…

Palmarès en date d’aujourd’hui :

1. Tracteur Jack
2. Canailles
3. Cardinal
4. Le Kid & les Marinellis
5. Hugo Bourcier
6. Myëlle
7. Filon d’art
8. Mordicus
9. Il danse avec les genoux

Dans le coin du Baz’Art Virtuel, on vous présente de beaux portraits de la soirée, commentés par la saillante Julie Ledoux.

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Oncle Lester

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À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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