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Oncle Lester

Les Francouvertes: dernier rappel pour les guili-guilis et autres chatouilles

Claudia Boutin
22 mars 2011

Au modeste balcon du Lion d’Or, me suis-je garée en tant que chat sauvage perché. Qu’est-ce qu’on a vu et entendu de là-haut, en cette septième et finale soirée des préliminaires ?

1. Une salle presque pleine, pas loin de la fourmilière.

2. Des cris gutturaux lorsque les municipalités de Roberval, Valleyfield et autres triplets de noms composés ont manifesté leur présence par des applaudissements. Montréal, t’es pas ben ben sorteuse quand il y a de la fraîche…

3. Un serveur qui parcours la salle en entier pour venir te porter un verre d’eau citronnée, sourire avec un  « Voilà, Miss !» , et qui relève la tête, entre deux sets, vers la balustrade pour s’assurer que tout est beau : plaisant.

Trèves de bavardage (ou : « au yâble les préliminaires, c’est à soir que tu y passes», pour faire une joke de mononcle plus ou moins cochon et pas subtil du tout) !  Le suspense est terminé. Voici les neuf concurrents qui passeront en demi-finales au mois d’avril :

1. Chloé Lacasse

2. Tracteur Jack

3. Harvee

4. Karim Ouellet

5. Les Incendiaires

6. Tako Tsubo

7. Canailles

8. Cardinal

9. Le Kid et les Marinellis

Nouvelle incursion dans ce palmarès définitif pour Les Incendiaires et les Campivallensiens* Harvee. Même si les premiers ont eu un petit problème technique côté synthétiseur et que les seconds ont éprouvé quelques difficultés au niveau du tuning de guit’, les deux groupes ont offert une prestation énergique. Très énergique. On parle d’arrêt cardiaque chez Rudy Berhnard durant Il n’y a pas de valentin pour toi, coeur solitaire, une performance qui a fait sautiller quelques fans hystériques. Le chanteur est à l’image de cette vidéo diffusée sur un téléviseur rétro, posté en avant-scène : entre la coolness du Velvet Underground et le langage corporel de Buster Keaton; tout en spirale, se tortillant tantôt en accéléré aux côtés de Bruno Corbin (basse), tantôt au ralenti, inspiré par la sérénité de Frédéric Otis (tout un guitariste). Il n’y avait pas de doute que le quintette allait se classer en demi-finales, la foule ayant très bien répondu au indie rock leur étant proposé. Pas de doute, mais une surprise tout de même, de mon côté. On a déjà vu des prestations plus froides, plus carrées, de la part des Incendiaires, où les enchaînements se faisaient plus  maladroitement. Pas hier soir.  Je suis une sceptique un peu plus convaincue, disons. Un bémol, toutefois : l’accent franchouillard de Berhnard, bien maintenu sur album, traîne de la patte en concert. Les «même» glissent vers le «maîme», et ça jure avec le français international utilisé quelques instants plus tôt. Le concept  mérite d’être appliqué constamment.

Pompier ou pas pompier (potin sur son batteur), Harvee avait promis d’attiser le feu entamé par Les Incendiaires. Le groupe a rempli sa mission. Encore là, il y avait matière à surprise: le dernier album du quatuor, Furie, présente un mélange de folk, de country et de blue collar rock plus sage que le titre ne le laisse entendre. Harvee fait la transition de l’anglais vers le français côté paroles, une étape qu’ils ont cru bon de souligner entre deux chansons, et avec raison. Il me semble y avoir moins de miséricorde en chanson francophone quant aux excès ou aux manques qui sont tolérés en langue anglo-saxonne. L’oreille est plus aiguisée, on ne peut lui cacher la banalité aussi facilement, et elle en demande plus, et j’aurais le goût de me répéter en disant «avec raison». J’ai trouvé la structure des chansons d’Harvee parfois répétitive, prévisible (percussions battantes en début, choeurs et onomatopées ominiprésents, solos combinés pour terminer), sans pour autant la regarder de haut. Échelle # 9, un single qui a fait son tour au palmarès de CISM, est de la trempe des bonnes chansons pop. J’abonde dans le même sens qu’Élodie Gagnon de Bande à part quand elle parle de «mélodies accrocheuses» comme étant «l’atout majeur de l’album»; avec celles-ci et la bonhomie du groupe sur scène, il y a de bonnes chances qu’Harvee saute la clôture, côté ondes radiophoniques. Sait-on, peut-être deviendra-t-il un coup de coeur non-avoué du Montreal Classic Rock

Même s’il est finalement écarté de la course, le trio montréalais Les Handclaps a de quoi être satisfait de sa performance en terre francouvertienne. À la question «Y en a-t-il dont c’est la première fois aux Francouvertes ?», une grande majorité de la salle a répondu à l’affirmative. Famille des musiciens ? Amis qui se déplacent en de rares occasions ? Je me suis dit que ces personnes sursauteraient sans doute dès les premières notes jouées par la bande de Lorraine Muller: de la planche à repasser comme instrument en passant par le mini-clavier, la pop sucrée des Handclaps clashait à prime abord avec le reste de la programmation, plus rock. Le groupe a un bon sens  de la théâtralité et de la chorégraphie, bougeant tantôt tels des soldats de plomb et plus tard comme des danseurs yéyés. Mais voilà, le bonbon n’est pas bon à sucer pour tous, et un set de huit chansons est bien assez . Quelques bons moments:  la punkette Sunny City et son cri final, les claquements de doigts synchronisés, les enchaînements efficaces.  Hands up (ou claphand) aux références de Film Noir, qui cite Touch of Evil d’Orson Welles ainsi que The Rope et Vertigo de Hitchcock. Pourquoi ? Bonne question.

Le collègue musicologue partage quelques clichés bien commentés…ICI !

*voulant dire: originaire, habitant la municipalité de Valleyfield.

Les demi-finales des Francouvertes auront lieu les lundi 11, mardi 12 et mercredi 13 avril au Lion d’or. La grande finale se tiendra au Club Soda, le 3 mai prochain. Visitez le site web pour de plus amples informations.

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Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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