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Oncle Lester

Fantasia 14/07: King of Devil’s Island

Claudia Boutin
15 juillet 2011

La morale de cette histoire est la suivante: lorsque vous êtes en attente d’une confirmation d’accréditation, mieux vaut garder l’oeil ouvert et explorer minutieusement votre poubelle à courriels. Si Les fables de La Fontaine s’assurent de votre entière compréhension à la fin de « La cigale et la fourmi », je préfère vous avertir dès le début, ICI et MAINTENANT, que j’ai manqué mon coup pour Red State de Kevin Smith. Représentation complète. Vendue en moins d’une heure.

Un mal pour un bien, comme le veut le vieil adage: j’ai pu assister à la première canadienne de King of Devil’s Island du cinéaste norvégien Marius Holst. Une coproduction franco-suédo-norvégienne, le film de Holst  se déroule au milieu des années 1910, alors qu’Erling (Benjamin Helstad), 17 ans, débarque sur l’île de Bastoy afin de séjourner au centre correctionnel pour jeunes délinquants. Dès son arrivée, Erling (ou C-19) se heurte aux règles strictes de l’établissement et à la surveillance étroite du gouverneur, interprété par le toujours poignant Stellan Skarsgard (Girl With the Dragon Tattoo, Pirates of the Caribbean 2 et 3). Les corvées sont exigeantes (nettoyage de latrines, vous dites ?), la nourriture peu attrayante, et les détenus sont identifiés à l’aide d’une matricule. Jusqu’ici vous avez un topo de type « Folsom Prison Blues»: l’histoire est basée sur un fait vécu, celui de l’unique révolte qu’a connue l’établissement de Bastoy. On y mange des coups durs plus que du pain frais, la douche et les examens médicaux ont de quoi faire frissonner le plus gangster des prisonniers et les plus faibles sont à la merci des plus forts (et des plus vieux, dans ce cas-ci). C’est très loin des volontés progressistes de l’institution d’aujourd’hui, qui offre à ses prisonniers l’opportunité de travailler sur les fermes de l’établissement, préconisant ainsi une réinsertion sociale sous le signe de l’écologie et de la collectivité.

Surtout, chez les bons chrétiens que sont les superviseurs de Bastoy, on ne se plaint pas de la dure réalité de la vie: on lui tend la joue droite lorsque son poing s’abat sur la joue de gauche. On est bien loin des films de garçons-écoliers tels que les Altar Boys, History Boys et autres Dead Poet’s Society. Un role model ? Inexistant par ici. Des histoires de viols, de chantage et de vengeance personnelle ne sont pas bien loin, côtoyant des sujets aussi variés que le besoin de se repentir, l’amitié, la masculinité et le sens de la justice. C’est ce dernier qui poussera le jeune Olav à contester l’autorité du gouverneur et à venger un ami défunt le jour de sa libération. Dans le rôle d’Olav/C-1, Tron Nilssen fait preuve d’une humanité indéniable, que ce soit lorsque son personnage rédige les lettres d’Erling/C19 ou lorsqu’il se meurt de froid, emprisonné dans une cage.

Si le scénario de Dennis Magnusson et Eric Schmid possède quelques lacunes quant au développement des personnages (entre autres, l’épouse du gouverneur qui n’est que fioriture) et que le long métrage de Holst est convenu dans sa montée dramatique, la force de King of Devil’s Island réside dans ses effets visuels et sa direction photo. Les séquences associées  aux aventures d’un matelot sur un baleinier, inventées par Erling et Olav, sont tout à fait réussies, empreintes d’un souffle à la fois réaliste et poétique. Tourné entièrement en Estonie, le film bénéficie d’une palette extraordinaire, toute de gris et de bleus, concoctée par John Andreas Andersen. La rudesse des paysages hivernaux et le teint blafard des jeunes détenus sont soulignés par une lumière brute, parfois si impitoyable qu’elle semble trancher l’espace et la peau tel un rasoir bien affûté. Parfois expressionniste dans son utilisation du clair-obscur, King of Devil’s Island aurait très bien pu être l’adaptation d’un roman graphique…si du sang avait coulé plus abondamment sur un tapis de flocons blancs.

Le film de Holst est peut-être un le moins fantasianesque du festival. Il ne serait pas surprenant de le voir nommé dans la catégorie du meilleur film étranger au prochain gala des Oscars. C’est d’ailleurs tout à son avantage que de figurer au sein de la programmation de Fantasia. Puissant et cruel, King Devil’s Island se serait peut-être moins distingué parmi la pléthore de drames historiques, sentimentaux et familiaux préconisés par d’autres organisations.

Une seconde projection est prévue le dimanche 17 juillet à 17h20, à la Salle J.A. de Sève.

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Aujourd’hui, vendredi 15 juillet à Fantasia, quelques bonbons pour…

1. les fans de récits médiévaux sanglants: Ironclad, un long métrage de Jonathan English mettant en vedette Paul Giamatti. Celui-ci tient le rôle du «méchant» roi John, un boucher tenace qui s’attaque à une forteresse où résistent de valeureux guerriers. Combats, combats, combats…d’ailleurs, suis-je la seule à penser à un 13 Assassins (Takashi Miike)  inversé en lisant le topo du film d’English et en visionnant sa bande-annonce ? À la Salle J.A. de Sève, 19h.

2. les crackpot d’invasion extraterrestre: Attack the Block de Joe Cornish. Un accent du sud de Londres? Un hommage aux années 1980 ? Des pothead dignes de Pineapple Express ? Oui, tout cela et même plus ! Présentez-vous tout souriant au Théâtre Hall pour 21h40.

2 commentaires
  • Éric Dumais
    15 juillet 2011

    J’ai réussi à obtenir une accréditation pour Red State que j’ai visionné hier soir au Théâtre Hall. Je suis un peu déçu par l’évolution du récit… Le jeu d’acteur de John Goodman est par contre impeccable et drôle, mais il y avait beaucoup trop de dialogues pour un film de durée moyenne, un peu trop de flafla… peut-être pas à la Death Proof… mais presque. On reconnaît très bien l’humour subtil et absurde de Kevin Smith!

  • claudia
    15 juillet 2011

    Es-tu en train de me dire que pour une énième fois une bande-annonce serait fort trompeuse ? Je l’ai trouvée très « rentre-dedans », sans musique et avec pour seule bande-son la voix-off. Je me demandais où la signature de Smith trouverait sa place.

Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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