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Oncle Lester

The Reef à Fantasia: aileron en vue !

Claudia Boutin
17 juillet 2011

Avec The Reef (2010), le réalisateur australien Andrew Traucki nage en terrain connu côté créature sanguinaire. Fier du succès remporté par son film précédent Black Water (2007), Traucki s’éloigne des mangroves marécageuses et de leurs crocodiles pour camper son film dans les eaux cristallines de l’océan Pacifique, dans la région tropicale du Queensland. Luke, capitaine de bateau et poster boy à ses heures, invite son ex-copine et des amis à se joindre à lui pour une livraison les menant en Indonésie. Très tôt dans leur périple, le voilier se heurte à des coraux et le groupe se retrouve coincé sur une épave menaçant de couler à tout instant. Nager jusqu’à la terre ferme devient synonyme de survie. Vraiment ? C’est que les vacanciers sentent rapidement une présence obscure sous les flots. Pray you drown first ? Allons, allons: la noyade est un châtiment hors de portée lorsqu’un grand requin blanc vous traque.

Ces fameux films de requins ! En voir un signifie tous les voir ? Oui et non, comme il en est le cas pour tout film de genre. Impossible de ne pas évoquer Jaws de Steven Spielberg et Open Water de Chris Kentis en parlant du long métrage de Traucki. Tout comme dans le film de Spielberg, The Reef voit ses protagonistes confrontés à un unique prédateur. Là où Quint, Hooper, Brody et la créature titanesque s’échangeait les chapeaux de « chasseur » et de » chassé », Luke et sa bande ne sont rien de plus qu’un banc d’otaries pour le squale affamé: sans pouvoir et complètement désarmés. «You look like a seal. Sharks like seal», déclare à ses amis Warren, seul membre de l’équipe à demeurer sur l’épave. Oubliez les dialogues savoureux et autres histoires de pêches présents chez Spielberg: le film de Traucki n’a pas le souffle épique de Jaws. Le scénario tient plus de la série B, mais ses dialogues contiennent toutefois une réplique absolument savoureuse, pleine d’ironie: alors que le groupe de nageurs, encore complet, découvre le cadavre décapité d’une tortue, Luke s’exclame « let’s get the fuck out of here ». Plusieurs éclats de rire se sont fait entendre dans le théâtre Hall à cet instant, et je doute que ce fut relié uniquement au jeu mièvre de Damian Walsh-Howling.

L’océan a de cela terrifiant qu’il est un espace vide (d’oxygène pour l’homme) en attente d’être rempli (de créatures). Contrairement à un corridor obscur ou une maison hantée, il est difficile, voir impossible d’en sortir. Open Water de Chris Kentis, par son son titre seulement, illustrait bien ce beau paradoxe d’être coincé dans un infini en apparence libre de frontières, mais mortellement délimité par une barrière : celle qui délimite la surface de la profondeur. The Reef joue constamment avec les pôles que forment l’horizontalité et la verticalité. Les prises de vues sous l’eau en contre-plongée (celle de l’oeil de la bête qui observe des corps flottants) sont certes classiques, mais Traucki les dynamise en trompant le spectateur. Luke est le seul à posséder un masque et c’est lui qui observe les allées et venues du requin. Nous suivons son regard lorsqu’il plonge, mais alors que le personnage refait surface, la caméra de Traucki demeure immobile et capte l’arrivée au loin du squale. Ce procédé est répété tout au long du film, et perd rarement de son efficacité. Les plans sont composés de façon à ce que le corps des nageurs et celui du requin soient confinés dans un même espace. Proximité est le mot d’ordre avec Traucki.

À sa sortie en 2003, Open Water pouvait se targuer d’être innovateur quant à ses conditions de tournage: le réalisateur, plongeur lui-même, a fait affaire avec des spécialistes pour nourrir les requins continuellement, alors que ses acteurs étaient près des bêtes et qu’il filmait le tout à quelques mètres de distance. The Reef va encore plus loin dans son soucis de réalisme: tel que Spielberg l’avait exigé pour Jaws, l’équipe de tournage s’est d’abord dirigé vers le nord de Queensland pour capter des images de grands blancs; mais ici, pas question d’inclure des robots. Comme pour Black Water, Traucki a utilisé l’océan en tant qu’écran bleu à l’aide du fameux CGI (Computer Generated/Graphic Imagery). Le résultat est absolument fascinant.

Pour s’emparer d’une proie, le grand requin blanc s’expulse parfois hors de l’eau à diverses hauteurs dans le but de saigner sa proie d’une première morsure. Lors du deuxième assaut envers les nageurs, le réalisateur (et l’équipe des effets visuels) réussit un véritable tour de force, alors que le squale exécute une telle manoeuvre à quelques centimètres d’un personnage. Un cri se fait entendre et l’attaque qui suit est foudroyante. Le film doit beaucoup son appellation de shark thriller au travail du monteur Peter Crombie et à l’équipe derrière la direction photo. Trop de films de requins présentent une eau parfaitement limpide. Peu importe que le sable soit à plus de cinquante mètres de la surface, l’océan, surtout dans une région tropicale, est aveuglant par les rayons qui s’y frappent et il est difficile de distinguer ce qui est à plus de cinq mètres derrière. C’est grâce à ces deux unités que les attaques demeurent saisissantes, alors que le suspense s’étiole peu à peu.

La chose suivante m’a plutôt agacée, parce que continuellement utilisée dans le cinéma d’horreur des dernières années :  basé sur un fait vécu? À bas, l’attitude documentarisante ! On s’en fout un peu, non ? Tout le monde sait qu’un requin est féroce et nage rapidement; ce n’est pas comme s’il s’était mis à faire le dos crawlé en plein Pacifique. The Reef ne stimule pas le coeur et l’esprit, mais il se rattrape du côté des nerfs et des trippes, ce qui est déjà beaucoup. Sans l’intertitre final et sa prétention à émouvoir, le film de Traucki nous aurait laissé dans un inconfort bien plus frappant.

***un beau merci aux blogueurs australiens, déjà en possession de la copie DVD du film et qui n’ont pas hésité à partager le contenu des suppléments sur le web.

2 commentaires
  • Éric Dumais
    18 juillet 2011

    J’ai écouté un documentaire sur Canal D hier. Savais-tu qu’en Asie l’aileron de requin est très populaire? Une soupe à l’aileron de requin peut se vendre au restaurant jusqu’à 90$ le bol. Non mais!!

  • Claudia Boutin
    18 juillet 2011

    Première raison de leur extinction: la pêche pour la soupe et une concoction à base d’aileron; c’est bon pour la fertilité, paraît-il.

    Sharkwater (2006) de Rob Stewart est bien intéressant si tu t’intéresses à ce sujet.

Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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