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Oncle Lester

Fantasia 17/07: science-fiction.action.réaction.

Claudia Boutin
18 juillet 2011

Another Earth, ou la science-fiction à son meilleur ? oups.

À son retour d’une fête bien arrosée, Rhoda (interprétée par la co-scénariste et co-productrice Brit Marling, fraîche et sensible) est témoin d’une apparition: un astre aux dimensions similaires à celles de la Terre est visible dans la nuit. Durant ces quelques instants de distraction, la jeune fille heurte de plein fouet une voiture regroupant papa, fiston et maman enceinte. Le premier survit et sombre dans un coma; les derniers périssent sur-le-champ. Quatre ans plus tard, Rhoda sort de prison, dans un monde bouleversé par une découverte scientifique révolutionnaire: l’astre planant est en fait une réplique de la Terre, et un concours est organisé pour explorer sa surface. La jeune femme s’y rendra-t-elle ? Peut-être, mais c’est sans compter sa rencontre avec John Burroughs, célèbre compositeur et unique rescapé d’un grave accident de voiture…

Another Earth contient des éléments qui seront familiers aux amateurs de science-fiction: découverte scientifique, existence de clônes ou de doubles, anxiétés quant à l’avenir du monde. Les premiers pas de Cahill dans le long métrage de fiction sont d’une grande sobriété : plus de méditation que d’action, moins de gadgets et de désastres que dans les films-cultes, la série B ou les romans classiques. On est loin des pétarades si chères à Roland Emmerich, mais c’est impossible de valider une comparaison avec les intrusions de Kubrick (2001: A Space Odyssey, 1968) ou Tarkovski (Solaris, 1972) dans le genre, ni même celles de Danny Boyle (Sunshine, 2007) et Duncan Jones (Moon, 2009). Vous savez, ce style Sundance, léché mais pas trop, kinky sur les bords sans jamais verser dans le grotesque ? Les grands moments de désespoir personnel et de tiraille sentimentale sont plus souvent qu’autrement tournés en Super 8, en sépia ou non; une caméra à l’épaule, plus ou moins nerveuse, est derrière le ou la protagoniste pour mieux faire un saut d’axe quelques minutes plus tard, mouvement au ralenti inclus et musique indie comprise. C’est présent dans le film de Cahill et, sans surprise, ce n’est pas orchestré de façon à bâtir un discours solide; l’idée n’est pas de créer un pamphlet cinématographique, mais le tout répond aveuglément à des conventions esthétiques pré-mâchées.

C’est beau, ça tire quelques éclats de rire et un soupir bien placé, mais il n’y a là rien qui puisse contribuer de façon significative au riche corpus de la science-fiction. Another Earth est un film potable tant et aussi longtemps qu’il est considérée non pas comme une réflexion philosophique à portée universelle, mais bien comme un drame personnel classique et plutôt hermétique : celui d’une jeune femme ayant commis une terrible bêtise et voulant se repentir.

Dis-moi où tu grimpe, je te dirai comment tu mourras: A Lonely Place to Die

Férus d’escalade, cinq amis partent en expédition dans la région des Highlands, en Écosse. Leurs plans pour la journée sont interrompus, alors qu’un cri se fait entendre en forêt. L’origine des gémissements: les sons proviennent d’un tuyau d’aération fixé au sol, relié à une cache souterraine où se trouve une fillette. Le groupe se mobilise pour aller chercher du secours, se séparant en deux unités pour maximiser les chances. Hélàs, ils ne sont pas seuls dans les bois ! Des mercenaires sans pitié, kidnappeurs de profession, n’approuvent pas le changement au programme et s’assurent que les coupables soient punis.

Durant la période de questions suivant la projection, Julian Gilbey expliquait que pour lui, l’équation pour un film efficace est très simple: « when logic is your friend, you have good action sequences ». Le réalisateur britannique a mis en pratique cette idée en s’adonnant passionnément à l’escalade avec son frère, le scénariste William Gilbey. Écriture et tournage ont ensuite été orchestrés de façon à ne pas berner le spectateur avec des entourloupettes hollywoodiennes. Blagueur, le réalisateur a confié qu’il avait froncé les sourcils en visionnant The Descent de Neil Marshall, expliquant qu’il n’y a aucune raison pour un groupe d’amener des pics à glace sous la terre. À moins de prévoir à l’avance la rencontre de créatures cannibales. A Lonely Place to Die est le travail d’un véritable orfèvre: la séquence d’ouverture est à couper le souffle, alors que trois des grimpeurs sont au sommet d’un moor gigantesque; Gilbey s’amuse à jongler avec la plongée et la contre-plongée de façon vertigineuse, et lorsqu’un pied est pris dans une corde, la caméra suit le mouvement des corps avec précision. Oubliez ces caméras à l’épaule qui donnent la nausée par leur mouvement épileptique. Tout est sous contrôle avec l’athlétique réalisateur et les acteurs sous sa direction, tous plus solides les uns que les autres; préparez-vous à du marmonnement écossais à fond la caisse, par contre.

La première partie du film est irréprochable: le souffle est haletant, créant un suspense des plus terrifiants lorsqu’Alison (Melissa George, une final girl puissante) échappe aux balles des criminels après avoir reçu une pierre au visage et chuté d’un rempart de plus de cinquante mètres de hauteur. Même son de cloche lorsqu’elle est prise dans les flots d’une rivière au courant puissant: l’eau des montagnes, rougeâtre grâce à la terre et aux cailloux dans lesquels elle baigne, fourni une ambiance horrifique aux scènes sous-marines, alors qu’Alison cherche désespérement le corps de la jeune Hanna. Gilbey sème ici et là quelques fausses pistes, notamment avec une hallucination affreuse de son personnage féminin et la présence de chasseurs à la poursuite de cervidés. C’est amusant, essoufflant…et violent.

Le dernier tiers du film se déroule dans une petite ville, alors qu’Hanna et quelques-uns des ses valeureux sauveteurs trouvent refuge à la station de police. Ils arrivent en plein carnaval (largement inspiré du Beltane Fire Festival ayant lieu à Edinbourg entre la nuit du 30 avril et du 1er mai), alors que des danseurs masqués à moitié nus exécutent des danses tribales et crachent du feu. S’entame alors un véritable jeu du chat et de la souris entre un des kidnappeurs/tireur d’élite et le petit groupe de survivants. L’action bat son plein, alors que le méchant écossais revêt le masque d’un porc et se glisse dans la foule. À cet instant, le film succombe à une dynamique plus hollywoodienne:  les coups de feu ne se font plus discrets mais retentissants, des incendies se déclarent; c’est très apocalyptique pour des tueurs professionnels. Mais bon ! Le temps du carnaval, ça brouille les esprits, non ?

A Lonely Place to Die, comment dit-on déjà…euh…kicks some serious ass, overdose de balles perdues ou pas !

Prochaine représentation: vendredi le 22 juillet à 15h10, à la Salle J.A. de Sève.

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Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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