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Oncle Lester

Retreat en première mondiale à Fantasia

Claudia Boutin
19 juillet 2011

Le festival Fantasia est le premier lieu de diffusion du premier long métrage de Carl Tibbetts. Ça fait beaucoup de « premier » en peu de lignes. BangBang ne sera sûrement pas le dernier à vous parler du film, mais peut-être sera-t-il votre source première en dernier recours…ou quelque chose du genre.

La bande-annonce, cette invention merveilleuse ! Les Beatles chantaient « I need a fix cause I’m going down »; les cinéphiles ont besoin du teaser, du trailer, des still pics* pour se nourrir durant les mois précédant la sortie d’un film, et ainsi éviter une douloureuse défenestration. Celle de Retreat m’a allumée dès les premières secondes : un couple en difficulté se recueille sur une île déserte pour quelques jours; alors qu’il croyait trouver en la génératrice explosive une montagne insurmontable, un soldat ensanglanté s’amène, annonçant qu’une épidémie décime l’Europe et qu’il est impératif de barricader le cottage. Problème: he’s a nut, he’s crazy in the coconut ! What does that mean ? That boy needs therapy. The Avalanches, quelqu’un ?

Quelques clins d’oeil à Kubrick, qu’ils soient volontaires ou non, sont présents dans le générique du début. Pensez à The Shining (1980) et à ses premières images déjà pétrifiantes, où nous suivons en  plongée aérienne la voiture de Jack et son parcours en montagne: l’environnement sonore y est pour beaucoup. Chez Tibbetts, le trajet de Martin (Cillian Murphy) et Kate (Thandie Newton) en bateau est filmé de la même façon, et accompagné de la magnifique musique du compositeur israélien Ilan Eshkeri. Interprétée par l’orchestre symphonique de Londres, elle est présage de l’invasion future, quasi-paranoïaque** dans sa tendance à précéder l’action; certaines scènes du film auraient gagné en intensité par une absence plus fréquente, alors qu’elle fait crever prématurément le suspense au lieu de le nourrir.
Une légère déception, plus personnelle que générale, si vous me le permettez…Une des premières pièces inspectées par Martin à son arrivée est le sous-sol. Il prend soin de vérifier que tout est en fonction et pendant un très long moment, Tibbetts fixe l’objectif de la caméra sur la tuyauterie du chauffe-eau et sur la génératrice. Si vous avez lu le roman de Stephen King, vous savez que la cave est décisive pour les Torrance. La geek en moi est restée assise sur le coin du banc pendant un long moment, en attente d’une scène cruciale pouvant se dérouler dans cette partie de la maison. Et non !

Retreat souffre d’un manque occasionnel de cohérence, plus particulièrement au niveau du scénario. Dimanche dernier, Julian Gilbey a lancé cette phrase délicieuse après la projection de  son Lonely Place to Die: «when logic is your friend, you have good action sequences»; le réalisateur et sa coscénariste gagneraient à adopter la maxime de Gilbey pour de futures collaborations. Outre les explications finales confuses, il y a de ces moments où on ne peut s’empêcher, spectateurs fantasiens immergés que nous sommes, d’encourager les personnages à s’entretuer un peu plus rapidement. La réalisation est dans ce cas à blâmer, alors que Tibbetts étire la sauce côté champ/contre-champ. Une confrontation physique est parfois comme cet instant fabuleux après un troisième (ou deuxième, c’est selon) rendez-vous galant: la dame est devant le monsieur, les deux veulent se sauter au coup (à la gorge ici), la conversation polie s’éternise et paf ! le moment est passé. Le cottage où est barricadé le couple est étouffant par moments, mais encore une fois, il ne manque qu’un petit oumph pour rendre le tout  plus labyrinthique, claustrophobique.

Concluons avec ce que Retreat a de plus grandiose: ses acteurs. Le trio formé par Murphy, Newton et Bell a de quoi faire baver d’envie les plus grands réalisateurs. Célèbre grâce à sa performance dans Billy Elliot (Stephen Daldry, 2000) et prêt à atteindre d’autres sommets avec le prochain Tintin, Jamie Bell semble avoir trouvé dans le personnage du soldat Jack son propre Hyde. Le jeune acteur jongle habilement entre désespoir et détermination meurtière, et c’est face à sa collègue Thandie Newton, au jeu toujours puissant et nuancé, qu’il est à son meilleur. De mon côté, c’est sans grande surprise que j’avoue être à nouveau charmée par Cillian Murphy. Au-delà de ses yeux bleus (une caractéristique qui n’a pas échappé à ma voisine), Murphy a su rendre sien ce personnage certes maladroit, mais bien déterminé à dépasser sa condition physique et à user de son esprit logique pour survivre au Fearweather Cottage. D’ailleurs, s’il vous est encore peu familier comme acteur, la filmographie de Murphy regorge de petits bijoux, à commencer par Breakfast on Pluto (2005) de Neil Jordan et The Wind That Shakes the Barley (2006) de Ken Loach. Je ne tenterai même pas de vous expliquer mon désarroi lors du visionnement de The Dark Knight, alors que  Scarecrow est écarté subito presto

Retreat, un thriller efficace sur un écran près de chez vous, dans un petit bout.

*Veuillez noter, s’il vous plaît, l’effet de style engendré par l’énumération de termes anglophones. Ayez le pardon facile juste pour aujourd’hui.

**Voir à ce sujet Shutter Island de Scorsese, et son utilisation de la musique au tout début du film; les plongées aériennes et les cuivres se marient bien, faut-il croire.

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Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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