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Oncle Lester

La vieille femme et le poisson: Underwater Love à Fantasia

Claudia Boutin
21 juillet 2011

Inclus dans la section Camera Lucida du festival, Underwater Love de Shinji Imaoka pourrait bien être la curiosité la plus charmante de cette quinzième édition. Parole de kappa.

Nouvellement fiançée à son patron, Asuka, employée dans une poissonnerie industrielle, fait la rencontre d’une créature étrange près des eaux entourant l’usine. Mi-homme, mi-tortue, le jeune homme s’avère être un ancien camarade de classe disparu il y a plusieurs années, et réincarné sous la forme d’un kappa. Rapidement, Asuka et Aoki deviennent très proche l’un de l’autre et le tout ne manque pas de faire sourciller le fiancé de la belle…ainsi qu’un ange de la Mort venu réquisitionner la « vieille femme ». On imagine ici que « vieille » se rapproche de spinster ou old maid, les sous-titres étant plus souvent qu’autrement trompeurs: trente-cinq ans, est-ce vraiment la fin du monde pour une femme?

Si Fantasia est la mecque des films de genre, Underwater Love ne peut être que son noble ambassadeur. Le cinéaste japonais jongle avec les conventions du film pornographique (douce dans ce cas-ci), de la romance et de la comédie musicale. Le résultat ? Imaginez un carré jazz dansé au milieu de barils de poissons, interprété par des employés tout de blanc habillés, lip-sync sur des chansons de Stereo Total inclus. Des scènes de sexes inhabituelles s’ajoutent au programme, alors que l’homme-tortue perd sa virginité aux mains d’une jeune femme expérimentée. Vous en dire plus serait désolant, car le plaisir majeur du film repose dans le culot dont fait preuve le réalisateur. « Nooon, il ne va pas faire ça ? Non ! » Et oui, il le fait.

Au rebut, la sensualité surjouée de la porno et les chansons à grand déploiement d’un Meet Me in St-Louis ! Le film d’Imaoka ne tente pas d’être sexy, ni d’en mettre plein la vue avec des chorégraphies effrenées: les baisers sont rebutants dans leur mollesse et les corps, peu gracieux dans leurs ambitions aérobiques. Les grands moments humoristiques reposent sur le salut  d’Aoki, une position de totem hilarante qui ponctue son discours de façon irrégulière. Le sympathique groupe de Japonais présent hier a dû comprendre la logique qui unissait ce mouvement aux dialogues; encore une fois, les sous-titres ne sont pas la mère à boire. Par contre, mention honorable à l’acteur interprétant ce dieu de la Mort hippie, grossier à souhait et qui provoque un fou rire dès son apparition à l’écran. Les mots sont futiles dans ce cas-ci.

Pourquoi aller voir Underwater Love, un film sans queue ni tête…en fait, qui contient beaucoup de la première et peu de la seconde ? Pour le plaisir, tout simplement. Celui qui met le cerveau à off et qui écarte les « pourquoi ceci, pourquoi cela ». Surtout, on y va pour les chansons accrocheuses de Stereo Total en langue japonaise, et pour la magnifique direction photo de Christopher Doyle. Le collaborateur de longue date de Wong Kar-Wai est à son meilleur lors d’ébats sexuels entre Asuka et son fiancé (une en particulier: pensez  à un film noir très absurde), et quand la jeune femme se retrouve nue dans un ruisseau, au beau milieu de la forêt. La première scène du film est également superbe, alors que le kappa déguste un concombre, assis confortablement dans son étang rempli de nénuphars: c’est vert, vert, vert. Vous en sortirez avec une envie prenante de dévorer une horde de concombres bien croquants !

2 commentaires
  • Jo.
    21 juillet 2011

    Stereototal à la trame sonore je crois. et non Stereolab…

  • Claudia Boutin
    22 juillet 2011

    Oui oui !
    Depuis hier, je parle de Stereolab avec The Avalanches et aussi de Stereo Total avec le film. Lapsus involontaire.

    Merci pour la révision !

Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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