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Oncle Lester

Don’t Be Afraid of the Dark à Fantasia: Saaallly…

Claudia Boutin
5 août 2011

«I apologize for being fat and sick». Guillermo Del Toro, sur l’écran du Théâtre Hall, le 4 août 2011.

En adaptant le scénario de Nigel McKeand pour le grand écran, Guillermo Del Toro (ici co-producteur et co-scénariste avec Matthew Robbins) était loin d’être en terrain inconnu. D’abord parce qu’il est un fan inconditionnel de la version de 1973: dans une capsule vidéo envoyée à Fantasia, une mince mais réjouissante compensation pour son absence au festival, le réalisateur a avoué « l’avoir fait dans ses culottes » en visionnant, tout petit, la version de John Newland. Ensuite, le plus grand changement apporté au scénario de McKeand se résume à la transformation de Sally-l’épouse-nerveuse en une Sally-l’enfant-ténébreuse…attention, attention, « résumer» ne signifie pas « banal » ou « rien que »: il tient plus de « la plus haute importance ». Don’t Be Afraid of the Dark est peut-être le premier long métrage du bédéiste canadien Troy Nixey, mais il est impossible de ne pas le considérer comme une oeuvre à inscrire au sein de la filmographie à proprement parler de Del Toro. Le thème de l’enfance, un incontournable chez le cinéaste d’origine mexicaine, est toujours au rendez-vous.

Sally (impressionnante Bailee Madison) vient passer quelques temps au manoir nouvellement acquis par son père Alex (Guy Pearce) et la nouvelle femme dans sa vie, Kim (Katie Holmes, moins beige que d’hab mais loin d’être flamboyante). Ce n’est qu’une fois sur place qu’on lui explique qu’elle est à Blackwood Manor pour y rester: sa mère la trouvant troublée et nébuleuse croit que le grand air du Rhode Island la changera de la pollution californienne. C’était sans compter la découverte d’une cave mystérieuse et des voix sulfureuses se faisant entendre par les grilles d’aération. Saaalllly….Saaallly

Note à toutes les futures mamans: si vous surprenez votre progéniture à dessiner des spirales proéminentes sur une feuille de papier, ne vous posez pas de questions: elle est en danger de sombrer dans un univers gothique. Après un prologue génial et un générique rappelant les gribouillages d’un scientifique toqué, une telle figure se fond au dessin que Sally exécute. Plus que tout autre motif, la spirale est synonyme de dérèglement, que ce soit dans les frises de l’ornementation gothique ou avec les escaliers typiques de l’architecture victorienne. Le serpentin est associé aux plaisirs de l’enfance (et aux frites de Jaco), lancés avec énergie durant les fêtes mais surtout, il sous-entend une descente aux enfers: shoup, on glisse graduellement dans un univers obscuret sans issues. Et la spirale ne se termine pas, oh non, elle rebondit et recommence ses tournoiements ! L’enfer n’arrêtera jamais sa course dans Don’t Be Afraid of the Dark. Chut, je me tais ! Les spirales me fascinent, voyez-vous.

Personne ne croit Sally lorsqu’elle confie ses peurs quant aux voix des créatures et les mouvements brusques qu’ils provoquent derrière un ours en peluche. Del Toro a su rendre l’évolution de la terreur chez la fillette crédible, alors qu’elle croit d’abord s’être fait de nouveaux amis; quelques instants plus tard, elle refuse de dormir seule et sans la lumière de son carrousel. Tout comme dans Le labyrinthe de Pan, il y a une confiance naïve envers l’inconnu, un plaisir à découvrir de nouveaux terrains et aucun questionnement quant aux apparitions d’êtres surnaturels. Alors que Sally explore les jardins de la propriété, on pense immédiatement à Ofelia qui s’enfonce dans la voûte du faune, esseulée, sans réelle connexion avec le monde adulte qui l’entoure. Lorsque Sally engouffre tout bonnement sa médication devant la mine abasourdie de sa nouvelle belle-maman, ça fesse. Droguons nos enfants et réprimandons par la suite leurs hallucinations…

…mais hallucinations il n’y a pas. Nixey introduit rapidement ses créatures au spectateur avec son prologue, où l’ancêtre Blackwood succombe aux demandes des gnomes. Leur souffle se fait entendre, puis leur ombre parcourt rapidement l’espace et les yeux clignotent dans le noir. Ce qui fait qu’au tiers du film, les bibittes sont révélées dans leur entièreté et il n’ y a plus lieu d’être horrifié par leur apparence. Le réalisateur mise plutôt sur une montée de la terreur et quelques bonnes surprises, notamment avec les attaques violentes des bêtes, et leurs apparitions dans la chambre de Sally. Il y a de quoi sursauter à maintes reprises, mais l’intérêt principal du film réside plus dans le fantasme qu’ont pu réaliser Del Toro et Nixey ensemble: Don’t Be Afraid of the Dark est riche et velouté, rappelant les textures retrouvées dans la littérature gothique traditionnelle et les grands films de maison hantée. Je pense aux romans d’Horace Walpole et d’Ann Radcliffe, à The Haunting de Robert Wise et son décor grotesque, mais aussi aux productions de la Hammer, riches en couleurs, toutes de velours vêtues et aux voûtes labyrinthiques que découvrent ses protagonistes. Il y a bien des créatures physiquement repoussantes dans Don’t Be Afraid, mais elles sont plus proches des Gremlins (quoique foutuement mieux rendues) que des esprits malins qui veulent attirer un enfant-lumière (The Shining, Stanley Kubrick) ou une vieille fille tourmentée (l’Eleanor du roman de Shirley Jackson/film de Robert Wise) dans leurs griffes.

Plaisir est le mot d’ordre avec Don’t Be Afraid of the Dark, autant pour les gens derrière la caméra que ceux blottis dans leur siège, devant l’écran. Le film prend l’affiche le 26 août prochain.

** Mention honorable au court métrage The Dungeon Master des frères Rider et Shiloh Strong, un beau clin d’oeil fantaisiste à l’univers de D&D. Emmenez-en des d’même pour le Fantastique week-end du court métrage québécois ! Un rendez-vous dès ce vendredi, gratuit pour tous les cinéphiles et autres curieux. Plus d’information quant à la programmation et les lieux de projection sur le site web de Fantasia.

*** Bon, comme tous les fans de Del Toro et les pro-Lovecraft de ce monde, je suis bien déçue de voir le projet d’At the Mountains of Madness tomber à l’eau. Mais…si la rumeur circulant depuis quelques temps quant à l’adaptation d’un certain roman est fondée, je vous reparle d’une belle folie gothique très bientôt. Ouh là là là là (frottement de mains machiavélique).

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Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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