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Oncle Lester

GAMIQ 2011: belle machine, pleine de gazoline

Claudia Boutin
14 novembre 2011

C’est sous l’oeil bienveillant d’un cochonnet doré que s’est déroulée la sixième édition du Gala Alternatif de la Musique Indépendante au Québec, au splendide Théâtre Plaza, situé sur la non moins glamour Plaza St-Hubert. Quand Le Roi du Smoke Meat est ton voisin, il y a de quoi se sentir aristocrate au sang bleu…et la thématique culinaire entourant le gala: c’est relié, tout ça ? Retour sur plusieurs éclats et quelques éclaboussures.

Il y a eu des grands couronnés au courant de la soirée, dont un power trio formé par Galaxie, Jimmy Hunt et Alaclair Ensemble. Le projet d’Olivier Langevin s’est vu remettre la tirelire porcine pour l’album rock, le spectacle de l’année, la chanson de l’année (Piste 1) et l’artiste de l’année. Durant ses trois montées sur scène (une quatrième lui est passée sous le nez, alors qu’il était à la recherche d’un guichet automatique), Langevin a remercié chaleureusement l’équipe de C4, ses musiciens et un pote fidèle l’ayant accompagné durant la confection de Tigre et Diesel: Johnnie Walker, toujours au poste ! Jimmy Hunt est quant à lui reparti avec une boîte de carton et du bubble wrap contenant trois prix, soit pour le vidéoclip de l’année (Motocross, Yan Giroux), l’album chanson et pour l’auteur-compositeur, présenté non seulement par la SOCAN, mais par un Navet Confit à la verve certaine. Poème aux allégories bucoliques et fond musical de sous-bois inclus. La troupe de Maybe Watson et autres Aclairiens s’est vue remettre le prix pour l’album hip-hop et a été sacrée Révélation de l’année, avec raison. Prolifique comme pas un, Alaclair Ensemble défie le vieil adage du « trop c’est comme pas assez » (une leçon qui mériterait d’être apprise par quelques pop stars adisquées, si je peux me permettre…) en enlignant réussite après réussite. C’est toutefois leur grand sens de la théâtralité qui a été mis de l’avant, alors que le silence d’un poulet de plastique et ses quelques roucoulements ont fait figure de remerciements, suivi d’une épopée sur la Conquête en terre québécoise. Mais vous étiez où, vous, quand les cotes d’écoute de la Soirée des Masques ont chuté ?

Une surprise du côté de la catégorie Étoile montante de l’année avec The Barr Brothers. Peut-être parce que mes oreilles francophiles attendaient la consécration de Canailles, que Les Revenants se lèvent de leur chaise, ou que Grenadine (votre Julie Brunet du Bangbang, s’il-vous-plaît) gravisse la scène, toute-de-paillettes-vêtue; même chose pour Tracteur Jack qui avait enflammé le Lion d’Or lors de la dernière édition des Francouvertes.

Toujours dans le registre de la surprise mais cette fois-ci chez les nominés, Katie Moore a grimpé quelques marches afin de récupérer une tirelire pour Montebello, sacré Album folk/country de l’année. Si le plus récent effort de Moore n’a pas retenu mon attention autant que celui de Tire le coyote (viscéral), d’Amanita Bloom (surprenant) ou de Caloon Saloon (tape, tape, tape du pied), la chanteuse montréalaise a tout de même innové quant à la promotion de Montebello tout en établissant une rare proximité entre le fan et l’artiste. L’éloquence était également au rendez-vous,  lors de la remise du prix Album Rock’n'Roll aux Breastfeeders. Luc Brien, visiblement étonné, a avoué que tout cela lui donne envie de travailler sur un quatrième album: « merci à Bonsound qui sont là depuis le début et qui nous ont sorti de la misère…pour nous mettre dans une misère moins pire ! ».

Ah, le rock’n'roll et la délicatesse terminologique que ça implique… C’est à une période de l’histoire qu’on fait référence ? Une ligne directrice dans la réalisation ? Une attitude D.I.Y pas si mal foutue que ça ? Oui, les Breast’s ont ce je-ne-sais-quoi que certains qualifieront de « rétro » (ish, Brien s’élance , attaque et il compte !), de « yéyé », mais Dans la gueule des jours n’est-il pas tout simplement un album rock puissant qui, au-delà du style vestimentaire des musiciens, possède une sonorité profondément contemporaine ? Également nommé ici , The Defrosting of… des Demon’s Claws a sans aucun doute des relents garage, mais se compare-t-il à Skip Jensen et son Spirit of the Ghost ? Il entre où, le punk, là-dedans ? L’idée n’est pas tant de remettre en question les sacro-saintes divisions proposées par le gala (et tous les autres), mais avouez que les frontières de plus en plus poreuses entres les genres musicaux, additionnées à une catégorisation extrême, rendent la tâche plus ambigüe…Même son de cloche du côté de l’Album Indie Rock remis à Braids pour Native Speaker, et du Was I the Wave de Miracle Fortress, élu album électro de l’année.

Mais bon, de retour sur St-Hubert !

Côté prestations, les organisateurs peuvent se vanter d’avoir offert au public du Théâtre Plaza une variété très satisfaisante. Plus que votre épicier du coin. De Géraldine en passant par les stoïques Charlie Foxtrot et les rythmes latins de Boogat, la scène était animée par une énergie constante et sincère. Buddy McNeil & the Magic Mirrors ont le pied marin plus que jamais (Octopus Hop, petite bombe !); Meta Gruau est sûrement votre groupe préféré sans que vous ne le sachiez (cloche à vache, quand tu nous tiens). Quant à Dance Laury Dance…que vous trouviez inutile toute renaissance du rock graisseux chevelu importe peu; il faut avouer que le groupe de Québec kicke des culs de loup dans son genre. Ma collègue Kid Kodak Laguë s’est improvisée headbanger quelques instants, jusqu’à ce Max Lemire caresse son micro.

Au milieu de tout ce beau monde, c’est tout de même Daphnée Brissette et ses Canailles qui ont brillé. Perchée sur un balcon, la bande a interprété des extraits de chansons pour chacun des gagnants, requinquant entre autres le répertoire d’Alaclair Ensemble (barniques incluses), des Guenilles (album punk de l’année)…et de Kataklysm, récipiendaire du prix pour l’album métal/hardcore. Si le gala a pour mission de souligner et de célébrer la bonne musique de chez nous, Canailles  a  canalisé l’énergie d’une province entière en près de deux heures trente. Et pour la quantité d’alcool ingérée, seul le barman responsable de l’inventaire pourra trancher.

Un petit bémol, qui ne me fera pas gagner des amis sur un certain réseau social : il y a matière à révision du côté de l’animation. C’est plaisant d’avoir pour présentateurs un couple de musiciens ou d’artistes (Rej et Navet Confit); ça dynamise le tout, et on a l’impression qu’un dialogue plus soutenu s’installe tout au long de la soirée en variant le format. Rej Laplanche est un très bon v.j. et bien convaincant dans son rôle d’Hepcat avec The Brains. Aussi peut-être est-ce parce que le public du GAMIQ l’intimide, mais on repassera pour les blagues du type «j’ai uriné dans une poubelle» ou les clins d’oeil à n’en plus finir au house-band. Je ne pense pas avoir aperçu de matchs de beer pong en cours: le gala n’est pas juste une compétition entre ivrognes. C’est une fête oui, mais le party ne lève pas dès les dix premières minutes. Patience, il ne faut pas forcer les choses. Je lance donc un « à l’an prochain » tourné vers l’espoir qu’on aura, bientôt, un Rej rendant honneur à la solidité de notre scène musicale.

La liste complète des gagnants se trouve ici !

P.S. : croyez-vous que Philippe B soit une illusion d’optique, une belle hallucination sonore ? Variations fantômes, est-ce un album qui ne hante que quelques illuminés ? Il faut croire.

2 commentaires
  • André Péloquin
    14 novembre 2011

    Solide, mammy-o!

  • claudia
    14 novembre 2011

    Merci Péloquin !

Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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