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Oncle Lester

Tandoori boogie au Il Motore

Claudia Boutin
1 décembre 2011

Pourquoi est-ce qu’on l’aime à ce point-là ?

C’est ce que ma complice  Pimbêche et moi nous nous sommes demandées dès les premières notes jouées par Bloodshot Bill. Ce n’est pas comme si c’était la première fois qu’on assistait à un concert du célèbre one man ban(ne)d montréalais;  si on mettait de côté un dix sous pour chaque entrée, il y aurait de quoi se payer…un coat check au vestiaire. Bonjour l’hiver !

Pas que l’on veuille donner dans la fanzine, mais c’est assez indicateur quand les pieds, les hanches, les plis de coudes, le gras de bingo (vous savez, le mou de bras ?) et la tête se font aller pendant qu’une guitare se fait accorder. On peut se demander si écrire sur Bloodshot, choisir de le faire,  ce n’est pas déjà mettre de l’avant ses inclinaisons en matière de musique. Ne soyez pas étonnés, donc, si on parle de son pyjama de soie tout autant que de Lickin’ the Bowl; si le contenu est devenu familier pour les mélomanes rock and rolleurs, le contenant, lui, demeure aussi surprenant. La salle du Il Motore était pleine dès le début et la foule, toujours aussi animée devant les I’ll Know, Oh Honey Baby Doll et autres yodels érotiques de Bill. Les transitions sont inexistantes, alors que le musicien enchaîne chanson après chanson, quitte à les interrompre quelques secondes en sollicitant la participation du public. Battre le feu par le feu: hello 911, we’re on fire…

J’avais une professeure d’histoire au secondaire qui se plaisait à comparer le quotient intellectuel d’une assemblée partisane à un pâté au poulet: pas trop impressionnant, mais oh qu’il y a de l’amour là-dedans ! Quand King Khan et son acolyte sont montés sur scène en Tandoori Knights, le pâté était à point et il était bouillant: beaucoup de cris, d’applaudissements et de fous rires en anticipant le plaisir des moments à venir. Vêtus de leurs plus beaux atours (lire ici: colliers composés de dents et de défenses, bandeau doré et chapeau de velours), KK et BB se sont lancés dans des interprétations bien senties de Bucketful et de Tandoori Party, premier moshpit de la soirée avec body surfing. Le tout est à son meilleur durant ces chansons punkettes-hindi-rock, qui savent convertir les néophytes plus facilement que les ballades proposées par le groupe. Dur dur de participer durant ces dernières, alors qu’elles consistent en des blagues intimes entre les deux guitaristes et les chanceux qui ont eu la pochette de Curry Up sous les yeux dernièrement. Sans hésiter, le coup de coeur de la soirée fut une chanson où King Khan et Bloodshot ont scandé «Salam alikoum, alikoum salam»: un boogie hypnotique inconnu de ce côté-ci de Villeray, mais qui pourrait bien se nommer Wild Wild East. Le père Noël fournira une réponse plus claire dans quelques semaines, alors qu’il déposera dans ma boîte aux lettres un beau paquet de chez Norton Records: I Hear Someone Cry, prépare-toi à tourner dans mon jukebox !

Dans la pléthore de groupes néo new-wave/donnant dans le low-fi/garage travaillé/Velvet Underground-ish/chausson aux pommes avec ça, Crystal Stilts a de quoi réjouir les tympans..sur disque, mais pas en concert. Pas ce soir, du moins. Le chanteur semblait planer loin, très, très, très loin. Et pas seulement parce que les projections vidéos l’hypnotisaient. On a eu droit à un claviériste sympathique, mais discret, et à des musiciens tapis dans l’ombre ou au regard fixé sur une basse. Pas très festif, mais leur décevant est l’efficace de plusieurs autres. Ce n’est pas toujours évident d’être pris en sandwich entre deux produits locaux très en demande.


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Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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