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Oncle Lester

2011 sous le signe du 31

Claudia Boutin
29 décembre 2011

La communauté Bangbang a pondu un palmarès mortel pour vous, et c’est dur à accoter. C’est pourquoi cette mini-playlist de jukebox n’inclue pas les Philippe B, Buddy McNeil, Frank Fuller et Tire le coyote de ce monde; tous les quatres sont du miel sucré pour mes oreilles, et sachez que j’abonde dans le même sens que mes collègues quant aux fleurs qui leur sont lancées.

31…

C’est certain que ça ferait plus propre d’avoir un chiffre rond; ça ne se divise pas en deux, ni en quatre, ni en six et s’arrêter à vingt entrées serait beaucoup plus concis. Trente et un n’a rien de mystique, même si on n’est pas trop loin du trois (trois mousquetaires, trois petits chats, power trio) et du sept (nains, samouraïs, péchés capitaux).

Vous trouverez ici bas des bonzes de la musique pop, des découvertes inusitées, des artistes d’ailleurs qui sont des produits locaux pour leur communauté; San Francisco a occupé une grande place dans mes oreilles cette année, et j’attend de pied ferme de la nouveauté pour 2012 !

Alex Turner. Submarine (Domino).

Un véritable nuage de lait dans votre eau chaude, ce EP a été créé tout spécialement pour le film du même nom de Richard Ayoade. Entre le brit rock de son groupe-mère et le psychédélisme de Last Shadow Puppets, Turner est un parolier hybride, à la fois vieille âme et prépubère mélancolique. Un grand sensible qui me plaît bien, et à l’oreille aiguisée. « Piledriver Waltz » figure sur Suck It and See des Arctic Monkeys, mais cette version semble sortir tout droit d’une boîte à musique poussiéreuse. À écouter sur le bord d’une fenêtre.

Adrian Younge. Something About April (Wax Records).

Ouf…par où commencer ? par la voix de Younge à la fois nasillarde et tranchante, moins proprette que celle d’Aloe Blacc ? Par les arrangements qui évoquent Morricone et Gil Scott-Heron (I’m New Here) ? Younge s’est entouré d’une équipe à tout casser pour la réalisation de ce projet (Shaw Lee, Dennis Coffey) néo-soul, et pas étonnant qu’il ait trouvé refuge chez Wax Poetics, toujours aussi innovateurs.

Amon Tobin. Isam (Ninja Tune)

Jamais une pochette n’aura aussi bien représenté son contenu: une créature digne de Frankenstein ! Après avoir écouté « Kitty Kat », je me suis mise à fantasmer quant à une potentielle collaboration entre Coco Rosie et Tobin…suis-je la seule ?

Anna Calvi. Anna Calvi (Domino).

Je crois sincèrement avoir atteint le quota mondial quant au nombre d’éloges permis…enfin presque. Guitares lancinantes, voix sensuelle et envoûtante, mélange des genres bien équilibré: de l’opéra au gothique, en passant par Cohen, Piaf et Presley, les années 1980 et une atmosphère plus lynchéenne que le principal concerné (en musique, du moins).

Bass Drum of Death. GB City (Fat Possum).

Il y a de quoi faire brûler le Mississippi avec cet album. De la nonchalence bien travaillée, assez garage pour plaire aux érudits, mais accrocheur au maximum pour les oreilles néophytes. Il a tellement tourné par chez nous que les premiers accords de Velvet Itch sont un running gag entre mon lecteur mp3 et mes oreilles. Le Melted de 2011.

Benji Boko. Beats, Treats and All Things Unique (Tru Thoughts).

C’est tout de même plaisant quand Maxi Jazz (Faithless) s’associe à un jeunot pour un premier single (Where My Heart Is)…et c’est extraordinaire quand l’album est à la hauteur des standards que celui-ci a installés. Un bel héritier de Cut Chemist, mais qui a beaucoup plus à offrir que cette comparaison ne peut laisser paraître.

The Black Keys. El Camino (Nonesuch).

Le duo s’éloigne du swamp rock de Brothers, et emprunte une avenue qui les rapproche du arena rock…un passage réussi, oh-que oui ! Les riffs graisseux chers à Auerbach y sont toujours, de même que les coups de batteries stoïques de Carney. Si la réalisation de l’album précédent rappelait les sonorités r’n'b sulfureuses de chez Motown circa 1960, El Camino tend plus vers la fusion soul/funk-rock de la fin des années 1960 et du début des années 1970: beaucoup de synthétiseur, des choeurs féminins à fond la caisse, moins de wall of sound et  de CCR, davantage  de Tom Cocker. Les anglicismes sont fournis par ma main gauche, hantée par des études en littérature anglaise et des années à lire Q, désolée !

Cat’s Eyes. Cat’s Eyes (Polydor).

Quelques temps avant la sortie de Skying avec The Horrors, le chanteur Faris Badwan s’est uni à la ténor Rachel Zeffira afin de créer ce petit bijou d’album. Si on a parfois l’impression que l’album donne plus dans l’alternance que dans l’union des deux voix, les genres auxquels touchent les deux interprètes fusionnent parfaitement. Cat’s Eyes, ou quand la pop sixties-a-gogo rencontre le new wave.

CLAASS. Smile at the Void (Dare to Care).

Un EP qui révèle  les tangentes derrière We Are Wolves; on a l’impression d’avoir accès aux geek/jeunes clubbeux qu’ont été/sont Ortiz et Levesque et leur plaisir est contagieux.

Dengue Fever. Cannibal Courtship (Concord).

Si l’expression « musique du monde » vous fait sourciller, le cinquième album de ce groupe américano-cambodgien pourrait changer votre optique. Une touche de surf et le tour est joué ! « Cement Slippers » est un point point de départ, suivi de « Kiss of the Bufo Alvarius »; lancez-vous par la suite dans la pop chantée en khmer avec « Sister in the Radio ».

The Dough Rollers. Someday Baby (Indépendant).

En première partie de Queens of the Stone Age en mars dernier, le duo formé par Jack Byrne et Malcolm Ford ont donné tout un show rockabilly et blues. Leur album Someday Baby est un argument de béton contre votre paternel ou autre mononcle qui grogne contre la méconnaissance des « jeunes » d’aujourd’hui quant à ce qui est de la « vraie » musique.  The Dough Rollers parcourt le répertoire blues et folk américain avec un esprit minimaliste et efficace. Les sonorités de Byrne sont influencées par les John Lee Hooker et Muddy Waters de ce monde, mais alliées à la voix rocailleuse de Ford, ça rejoint également les plus récents projets de Ry Cooder.

DRC Music. Kinshasa One Two (Warp).

Un projet réunissant les plus grands musiciens de la République Démocratique du Congo, et initié par Damon Albarn. Une plate-forme idéale pour explorer des territoires inconnus, mais aussi pour financer un projet artistique et humanitaire de grande qualité, en collaboration avec Oxfam. Pour plus d’informations, c’est par ici.

The Ettes. Wicked Will (Krian Music Group/Fond Object).

Une renaissance musicale à Nashville ? Oui, et pas seulement grâce à Jack White. Le trio mené par Coco Haymes a produit un album alliant  des sonorités garage et folk avec une nonchalance punk (beatnik rock ?). Leur reprise de « My Baby Cried All Night Long » de Nancy Sinatra est savoureuse. Un ajout indispensable pour les fans des Black Keys…et des White Stripes.

Helado Negro. Canta Lechuza (Asthmatic Kitty).

Un objets aux contours imparfaits, mais planant à souhait et qui me rappelle à certains moments Plastic Beach de Gorillaz…en espagnol. « Oreja de Arena » vaut à elle seule le détour. Sa collaboration avec Mexicans With Guns est également à écouter.

High Places. Original Colors (Thrill Jockey).

Un duo qui ne réinvente pas la roue, au contraire. Les fans hardcore (si vous ne vivez que pour le minimal, oubliez ça) trouveront peut-être que High Places ramène l’électro à l’âge de pierre; mais pour ceux qui ont un faible pour les années 1990, c’est chaudement recommandé. NME vous conseille son écoute lors de moments suaves. Qu’il en soit ainsi.

Imelda May. Mayhem (Decca).

Si Jack White a revigoré le répertoire de Wanda Jackson, reine du rockabilly, la collaboration étroite entre Imelda May (la duchesse ? la marquise) et Darell Higham a produit un savoureux mélange de jazz et de rock and roll. Tantôt coquine (« All for you »), tantôt féroce (« Sneaky freak »), May livre tout ce que le titre de son album promet.

John Maus. We Must Become the Pitless Censors of Ourselves (Ribbon).

Il vous faut aimer le new wave…ou les bandes sonores des films de John Hughes. Oui, et oui.

Katalyst. Deep Impressions (BBE).

Les arrangements sont à se rouler par terre. Si Shabazz demande plusieurs écoutes pour bien saisir la proposition, Katalyst vous accrochera comme une truite affamée dès les premières secondes; à considérer comme matériel premier pour de futurs dance off.

Mariachi El Bronx. Mariachi El Bronx II (ATO/Fontana).

Bien que le résultat soit moins suprenant que le premier effort du groupe, ce deuxième album est l’équivalent d’une bonne dose de tequila pour un gosier hivernal: c’est chaud et entraînant, et il y a cette pulsation punk qui se fait sentir tout au long…comme si The Bronx était prêt à défoncer les guitares à coups de maracas. Rien à voir avec le manouche de vous-savez-qui.

Mr. Gnome. Madness in Miniature (El Marko).

Rock médiéval ? Nah. Mais c’est le plus près du prog rock que je peux m’approcher sans avoir la nausée…avec une touche de gothique.

Paleo. Fruit of the Spirit (Partisan).

Un musicien originaire de l’Iowa qui avait attiré mon attention avec son premier album, A View of the Sky, en octobre 2010. De belles ballades qui mélangent folk, bluegrass et pop. Neuf mois plus tard, Paleo a accouché (ha-ha !) d’un album moins propret, plus grunge et qui le rapproche parfois de M. Ward, tant au point de vue musical que vocal.  Espérons que ses efforts porteront…fruit ?

Raphael Saadiq. Stone Rollin’ (Sony).

En tenant compte de l’échec retentissant vécu par certains producteurs-vedettes à la sortie de projets musicaux personnels (bonjour Pharrell, bonsoir Timbaland), le dernier album de Saadiq est une réussite complète; le premier morceau nous ramène tout droit à Sly and the Family Stone : Heart Attackindeed.

Sallie Ford & The Sound Outside. Dirty Radio (Partisan).

Belle petite surprise, ce groupe de Portland ! Un amalgame de pop et de jazz, de country et de rockabilly des plus charmant.

Shabazz Palaces. Black Up (Sub Pop).

Sans aucun doute un des projets les plus innovateurs parus chez Sub Pop depuis le pain tranché, rien de moins. Du hip hop qui vacille entre la vieille école et l’expérimentation; il vous faut visionner les sessions KEXP !

Shannon and The Clams. Sleep Talk (1-2-3-4 Go !)

Quand elle ne joue pas à la punxette yéyé avec Hunx, Shannon Shaw se la joue plus garage avec son acolyte Cody Blanchard pour produire un petit bijou d’album ! Rock rebelle d’un bout à l’autre, tous les genres sont explorés: punk, garage, rockabilly, pop bonbon, ballades à la Sleepwalk. Un peu éparpillé, mais la variété et l’audace dont fait preuve le duo sont rafraîchissantes à souhait. The Cult Song vaut à elle seule le détour.

Skip Jensen. The Spirit of the Ghost (Red Lounge).

Un album parfait pour les rock and rolleurs cowboy. Jensen est la preuve qu’on peut faire beaucoup avec peu.

The Strange Boys. Live Music (Rough Trade).

Si le plus récent album de ce groupe texan ne contient pas de single de la trempe de Be Brave, il fait preuve de plus constance au niveau musical: Be Brave était une bombe si puissante que les attentes étaient très élevées pour les chanson restantes et leur americana, quoique bien foutu, décevait par surprise de ne pas retrouver le tempo de la pièce titre. Ça n’arrive pas avec Live Music:  l’énergie y est toujours, donnant moins dans le blue collar rock que leur effort précédent, toujours en frôlant des genres qui sont chers à la bande (punk, country, folk). Ils ont enflammé le Il Motore à leur passage en juin dernier; leur prochaine visite s’annonce explosive.

They Call Me Rico. They Call Me Rico (Voxtone).

Avec Vincent Blain à la réalisation, le nouveau projet de Frédéric Pellerin (Madcaps) est un retour à l’essentiel pour tout amateur de blues et de rockabilly, avec sa formule guitare/batterie. Plus rock and roll que les Dough Rollers, néanmoins dans la même lignée; on écoute avec curiosité les reprises, mais c’est pour l’énergie brute de Pellerin qu’on attend son retour d’ Europe avec impatience. Oubliez les comparaisons avec un autre montréalais célèbre pour sa formule one man band, rien à voir !

Ty Segall. Goodbye Bread (Drag City).

Ce nom revient au moins une fois par semaine dans mes conversations radiophoniques et personnelles, vendue que je suis au son Reatard-esque de Segall. Toutefois,  c’est Patrick Baillargeon qui a résumé le mieux le changement de vitesse opéré par le musicien san franciscain.

White Fence. Is Growing Faith (Woodsist).

Après avoir gratouillé la guitare avec The Strange Boys et bossé en tant que leader de Darker My Love, Tim Presley revient en force avec son projet solo psychédélique. Presley a composé la grande partie de l’album dans l’intimité de son appartement (du garage de chambre, tiens !) , entre 2008 et 2009. Une genèse des années 1960 et de la scène californienne passée et actuelle, rien de moins, avec des bizarreries qui ne sont pas sans rappeler à certains moments Grasscut.

Wooden Shjips. West (Thrill Jockey).

Pour ceux qui trouveront White Fence trop aérien, ce troisième album du quatuor san franciscain comporte son lot de guitares sales et de riffs bien gras. Ça n’est pas sans rappeler White Light/White Heat des Velvet Underground, LE parfait mélange entre psychédélisme et rock bluesy. Le projet parallèle du guitariste Ripley Johnson, Moon Duo, est également à consulter.

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Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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