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Oncle Lester

Les Francouvertes, deuxième soirée: préliminaires et douces caresses au Lion d’Or

Claudia Boutin
15 février 2012

Le titre n’a vraiment pas rapport; c’est du tape-à-l’oeil (comme les bas rouges de Simon Kingsbury hier soir), un moyen de clore la thématique de la Saint-Valentin. C’est fini. Okay ? S’il vous plaît ?

Voici les résultats, en date du 14 février 2012:

1. Simon Kingsbury

2. Antoine Corriveau

3. Sarah Toussaint-Léveillé

4. Pandaléon

5. Mauves

6. Bravofunken

Beaucoup d’attentes quant à la prestation de Sarah Toussaint-Léveillé. N’ayant jamais encore assisté à un de ses (rares) concerts et ayant fait le tour mille fois plutôt qu’une de son MySpace, il était temps que je la vois fouler une scène près de chez nous. La jeune auteure-compositrice-interprète est à l’image de sa chemise de chasse: dans les tons d’orangé et de rouge cerise, seyante et fougueuse comme pas une.  Ne se laissant pas intimider par un désagrément au niveau de la garde-robe, elle a interrompu sa première chanson pour refermer les boutons rebelles et on a eu droit au début de Va te faire foutre deux fois plutôt qu’une. Ont ensuite suivi un ode à la promiscuité (Jalousie), un témoignage d’amour fraternel (Petite soeur), un hommage aux laissés-pour-compte (Laideronne) et une auto-réflexion sur le métier d’artiste (La mal-lunée). J’ai beau généraliser à fond côté analyse textuelle, mais les chansons de Toussaint-Léveillé* sont vraiment à l’image de la chanteuse: c’est encore une période d’éclosion pour elle, et si on ne peut pas lui reprocher de bâcler les rimes (elle les maîtrise avec un certain charme), elle semble se cacher derrière un quelconque personnage plus ou moins doucereux, à la verve plus mignonne que puissante. La jeune femme a une voix extraordinaire (je pense à Audrey Emery, choriste pour Martin Léon sur Les atomes) et qui est exploitée de plusieurs façons, du beat box au reggae en pensant par un rap à la Leloup et une imitation de trompettiste. Mais le guts dont elle fait preuve entre deux chansons manque à l’appel à l’intérieur de celles-ci. Espérons que le concours lui permettra de faire des rencontres fortuites et qui feront mûrir sa plume. Elle mérite d’être plus incisive. Cela dit, si elle passe dans votre coin, n’hésitez pas à aller la voir: la chimie entre elles et ses musiciens est palpable et propice à la camaraderie; à la batterie, Benoît Morier, également concurrent lors de la soirée du 21, est particulièrement attachant.

L’arrivée d’Antoine Corriveau et ses musiciens a occasionné un changement d’atmosphère plutôt drastique. Out le manouche et autres bruitages sympathiques, alors que le répertoire du chanteur est plus sombre, tant au niveau des textes que de la musique. Corriveau a entamé les premiers accords de la chanson Hôtel sans tarder, suivie de Cabanon/Bordel, toutes deux extraites de son album St-Maurice/Logan lancé l’an dernier. Le musicien en a amusé plus d’un lorsqu’il a raconté les circonstances entourant l’écriture de L’uniforme, composée dans une toilette d’un grand édifice à bureaux où il aurait travaillé. Si la voix rocailleuse de Corriveau et les sonorités rock et folk (prog folk, quelqu’un ?) étaient au rendez-vous, on ne peut pas en dire autant de sa prestance sur scène. Pas ce soir. À quelques reprises, on a senti le musicien bien au chaud dans sa tête, si bien qu’établir un contact avec le public résultait en quelques répliques plutôt maladroites, plus ou moins agressives dans le ton. Le jeune homme pouvait compter sur la présence de sa choriste et percussionniste, bien impliquée et à l’écoute de tout le groupe, pour égayer une performance correcte, mais sans plus. Comme dirait mon collègue Péloquin, les prévisions valent bien ce qu’elles coûtent: une deuxième place pour le musicien de Trois-Rivières en cette festive soirée, ce n’est pas rien.

Quant à la première position occupée par Simon Kingsbury…rien d’étonnant. L’auteur-compositeur-interprète surfe présentement sur une vague à l’inclinaison dangereusement avantageuse. Connu du public pour sa participation au projet Lac Estion et habitué des ondes radiophoniques locales (avec une participation aux Sessions Live de CISM, une des meilleures de la saison), c’est un artiste surexcité qui s’est emparé de la scène du Lion d’Or en fin de soirée. Sans compter un petit toc du côté de la jambe (mais Chuck Berry aimait bien kicker dans le vide lui aussi, alors…), Kingsbury a une présence physique incroyable, se rapprochant par moments du public et jammant fièrement avec ses musiciens à gros coups de guitare. Si les comparaisons avec Karkwa sont parfois inévitables (T’es belle comme un coeur), le répertoire du chanteur et guitariste virevolte entre la nonchalance d’un Fred Fortin ou d’un Brendan Canning (Broken Social Scene), et la sensibilité d’un Patrick Watson ou d’un Justin Vernon (Bon Iver); toutes des influences pleinement assumées par Kingsbury, mais qu’il mute en des sonorités bien…montréalaises. C’est une impression qui est difficile à expliquer de façon concise. Dans une visée comparative, l’énergie sur scène du groupe représente bien ce désir, évoqué sur l’album, de déambuler dans nos ruelles ensoleillées, un café à la main et l’esprit perdu. La transition est réussie; il ne reste plus qu’à gérer quelques moments de stress qui, somme toute, ne font que hausser la voix de Kingsbury d’un octave, et non pas mes sourcils.

André Péloquin devrait vous réserver quelques impressions et de fabuleux clichés sur la page du Podmodernisme. Allez jetez un coup d’oeil !

* À défaut d’être plus originale, vous m’excuserez les appellations par le nom de famille. Je me sens comme un coach de hockey…

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Oncle Lester

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À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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