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Oncle Lester

Shake ton shack avec Joe Henry and the Rockin’ Bones

Claudia Boutin
15 mars 2012

Sans avoir parcouru les critiques entourant la sortie d’El Camino, et avant même le visionnement du fameux vidéoclip du monsieur dansant, il y avait ce petit quelque chose dans « Lonely Boy » des Black Keys qui nous parlait, à mes pieds et moi. Le refrain est une sacrée bombe, un wall of sound accrocheur et envahissant bien sûr, mais sexy ! L’ajout de choeurs féminins et d’un orgue était, à mon humble avis, une étape logique pour le duo dans leur exploration des années 1960; c’est à se demander ce qu’il leur reste à explorer dans cette décennie. Le tiki ? Les Black Keys dansent peut-être le watusi dans leur loge..

Mais entre les premières notes de guitares  et les « oh oh oh » poussés par Auerbach, c’est Patrick Carney et sa batterie qui font le charme de la chanson. « Lonely Boy » se chantonne, se tape du pied et, surtout, se jive. J’avais espéré avoir des billets pour pouvoir crier au monde entier (bon, aux gens du parterre): « regardez, quand monsieur X du magazine Z plogue le mot « rockabilly » dans sa critique, c’est ça que vous pouvez en faire ! ». S’en serait suivie une session de stepettes joyeuses, plus ou moins humiliante dans ses débordements de joie et quelques cris poussés ici et là. Ce n’est pas ce qui est arrivé, les fans s’étant transformés en véritables vautours pour se procurer des billets. J’ai dû faire mes adieux aux BK…on se revoit en août, sait-on jamais ?

Un mal pour un bien, comme le veut le vieil adage. Ma route a croisé celle du hillbilly bop/red hot rock’n'roll à l’Abreuvoir, alors que se donnait en concert  Joe Henry and the Rockin’ Bones, sans aucun doute le meilleur band rockabilly à Montréal. Ce n’est pas un palmarès qu’il faille établir, bien sûr, mais quand les muscles sont tendus, que la moelle semble fondre sous la peau et qu’un supplément de calcium est nécessaire le lendemain d’une soirée, c’est qu’on a eu peur pour ses vieux os.

Si je dis « se donner en concert » (une formulation plutôt boiteuse), c’est que c’est exactement ce qui se déroule sur scène avec Joe et ses os qui rockent: que le plancher de danse soit plein à craquer ou que les gens soient sur leur départ, c’est un feu roulant du début à la fin. Les musiciens accueillaient mardi soir un contrebassiste auxiliaire, mais ne semblaient pas nerveux quant à ce changement temporaire. Celui-ci s’est d’ailleurs montré à la hauteur des attentes du côté des fidèles admirateurs.

Débarqué à Montréal il y a quelques années, Joe Henry est un homme du Sud digne des Johnny Cash de ce monde. Jasant mais pas trop,  tantôt coquin dans son apprentissage du français, plutôt grinçant quelques instants plus tard alors qu’il encourage les fêtards à laisser de bons pourboires au staff. Les filles aiment bien danser devant lui, et ce n’est pas un hasard: les jambes se font aller comme un Presley des premiers temps (celui qui jouait de la guitare); la voix, rocailleuse à souhait, accomplit de beaux petits miracles en bonifiant « Ubangi Stomp » de Warren Smith et « Boppin the Blues » de Carl Perkins d’un pouvoir brut inattendu. Malgré tout le name dropping des phrases précédentes, il serait réducteur d’envisager le talent du jeune chanteur du seul point de vue des hommages qu’il rend à ses mentors. L’électrifiante « Jimbo’s Song » voit Joe se transformer en preacher hillbilly, alors qu’il tire du nez quelques « hallelujah » de la foule. Amen.

Si la chair est musclée, c’est que la charpente qui l’accompagne est bien solide. Sonny Burgess a souligné dans un ouvrage que ce qui faisait le succès de son union avec the Pacers est le plaisir manifeste qu’ils ont eu (et encore aujourd’hui) à jouer ensemble: « We did it for fun. You felt good playing it. You got your high off the music ». C’est tout à fait le cas ici. Outre le fait qu’ils soient des musiciens expérimentés oeuvrant dans des formations variées (je pense au batteur Simon Roy, également avec The Easton Ellises), ce sont les interactions détendues entre eux qui font des Rockin’ Bones un groupe attachant. Ils font ce qu’ils ont à faire sur scène, tout en échangeant quelques fous rires et s’adonnant au lip synch lors d’un passage entraînant.

Si je me contente de vous parler majoritairement de leur énergie, c’est qu’il vous faut absolument les voir en concert. Pour plusieurs raisons, dont celles-ci:

1. C’est souvent gratuit, ou très peu coûteux. Ça fait une différence une fois rendu au bar.

2. Leur t-shirt épate non seulement par le logo du groupe, mais par la commandite de Dax Wax qui y figure. Leur son décoiffe tellement que la célèbre compagnie a concocté une cire spécialement pour eux.

3. Vous pouvez vous procurer un maxi, qui comprend trois de leurs chansons, enregistrées dans un studio par des étudiants de l’Université Concordia. Si vous en faites l’écoute après une soirée dansante, vous trouverez sans doute qu’il manque quelque chose. Oui: des moyens. Le groupe accumule (à pas de tortue pour les impatients) des fonds avec la vente de marchandise pour se payer du temps en studio. Qu’il n’ait pas été repêché par une maison de disques m’abasourdit. Chasseurs de têtes, vous n’êtes pas sorteux. Réalisateurs et producteurs, faites un Sam Phillips de vous-même : osez !

Joe Henry and the Rockin’ Bones a une dizaine de chansons en réserve pour un album imminent. D’ici là, vous pouvez en écouter quelques-unes sur leurs pages web. « Bones Bop » risque de vous turlupiner pendant quelques temps; la meilleure soupape demeure encore la version live, alors gardez l’oreille/l’oeil ouvert.

2 commentaires
  • Gen
    15 mars 2012

    Meilleur band rockabilly à Montréal en effet!
    Petite correction : le groupe a effectivement plusieurs compositions originales mais « Jimbo » n’en fait pas partie…il s’agit d’une reprise du groupe Reverend Horton Heat. :)
    Pour ceux qui veulent les voir bientôt, ils seront en spectacle le vendredi 20 avril au Bike and Tattoo show à Laval!

  • Claudia Boutin
    16 mars 2012

    Merci, c’est noté ;)

Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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