BangBang : bangbangblog.com

Oncle Lester

Du nouveau matériel pour The Dough Rollers

Claudia Boutin
27 avril 2012

Exit, le delta blues pour le duo brooklynois ? Peut-être bien.

Les premiers mix de leur prochaine galette sont disponibles en écoute sur bandcamp, et je dois dire que le tout me laisse perplexe. Sur Someday Baby, les jeunes musiciens que sont Malcolm Ford et Jack Byrne démontraient un grand (et rare) intérêt envers le blues sud-étatsunien. Le minimalisme de John Lee Hooker était au rendez-vous dans le guitar picking de Byrne et je vous jure que Big Mama Thornton se manifestait par quelques spasmes vocaux chez Ford.

Or, cette voix rocailleuse (pensez deux paquets par jour et des effluves de whisky) est absente des trois chansons publiées en ligne; même son de cloche pour la section des rythmes : il y a bien quelques moments bluesy sur « Got Me a Bag », mais « Knock On Wood » (oubliez Otis) et « Mansion on a Hill » se rangent du côté de la tradition indie rock, sonorités sixties incluses. Détrompez-vous: si vous êtes curieux et allez faire un tour sur le site, ce qui vous attend n’est pas mauvais. Pas du tout, même. Les fans d’Alex Turner (dont je fais partie) s’y plairont assurément. Mais c’est un virage assez surprenant, étant donné l’univers très connoté de l’album précédent. J’en viens à penser que le tout était une façon de rendre honneur aux premières influences de Ford et Byrne, et à les exorciser complètement. Il serait difficile de les blâmer de vouloir s’éloigner d’un genre musical les restreignant dans leur public : de le vivre et d’en vivre, c’est de se fermer une porte sur les grandes avenues et passer par les routes de gravier, peut-être.

Une sortie officielle est prévue pour août prochain. D’ici là, j’éviterai d’être de mauvaise foi et réécouterai ces nouvelles chansons. Toutefois, ce changement de direction me chicotte, car il tend la main vers la facilité. Bien des groupes réussissent à mélanger leur amour du blues à des élans pop bien réussis; rien que chez les gros noms du moment (Black Keys, Alabama Shakes), ces compromis musicaux fonctionnent très bien. À la première écoute, il émane des nouveautés offertes par The Dough Rollers non pas cette idée de compromis, mais plutôt une démarche entreprise par essoufflement. « La facilité », disais-je. Mais quelle facilité ? Avec trente musiciens par pâté de maison, New York et sa périphérie transpirent à coups de solos et de jams bien sentis. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je croyais voir là un groupe en pleine ébullition, qui profite de cette effervescence pour affirmer ses racines et adopter le « qui m’aime me suive » comme devise personnelle.

Mais bon, il n’y a que les fous pour répéter continuellement la même chose et s’attendre à un résultat différent.

Pas encore de commentaire.

Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

À propos

RUBRIQUES