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Oncle Lester

Fantasia 2012: une seizième édition épique

Claudia Boutin
11 juillet 2012

Sortez vos bottes de sept lieues: Fantasia promet de vous faire bouger rapido presto durant les semaines à venir. Impossible de ne pas faire quelques stepettes ou autres sauts périlleux devant la programmation qui est plus riche que jamais: avec près de 160 films, 300 courts-métrages, des dizaines d’ateliers offerts et plusieurs invités prestigieux de passage à Montréal, le festival est sans aucun doute LE rendez-vous incontournable des cinéphiles aventuriers. Quelques impressions.

Petit budget et grandes ambitions vont de paire: « Fantasia à la belle étoile » est de retour  à la Place de la Paix sur Saint-Laurent, vous offrant des séances extérieures gratuites où dj et cuisiniers viendront bonifier votre soirée avec des rythmes endiablés et quelques plats cuisinés.  Outre la traditionnelle projection des bandes annonces, l’équipe vous propose le 12 juillet (CE jeudi), une soirée intitulée « Au-delà de l’animation », une rétrospective regroupant plus d’une vingtaine de courts métrages animés internationaux…en 110 minutes. Arriba arriba, comme le scande notre Speedy Gonzales favori ! Des pieds endoloris ne sont pas une excuse valable pour rester à la maison: votre fabuleuse Carte Opus vous permet non seulement de vous déplacer rapidement (sans les pannes générales, bien entendu…), mais d’économiser à l’achat de billets et durant des plages-horaires précises. Hot daddies et sweet mommies: vous et votre adorable progéniture avez accès gratuitement à la section « Mon premier Fantasia », qui met de l’avant esprit critique et interaction entre parents et enfants grâce à de superbes courts choisis par les principaux intéressés. Le Festival international d’animation d’Ottawa est également de la partie.

Comme quoi le savoir ne se partage pas qu’en classe, le bar Reggie’s est un lieu de diffusion exceptionnel durant le festival. Spotlight sur l’horreur canadienne avec If They Came From Within: An Alternative History of Canadian Horror, un projet mis en branle par le rédacteur en chef de Rue Morgue, Dave Alexander. Deux panels gratuits auront lieu autour de questions abordant la production cinématographique nationale, ainsi que la dynamique des films de genre. Une exposition regroupant plusieurs artistes canadiens (Bruce McDonald, Karim Hussain, George Mihalka et plus) s’attarde à la création d’affiches pour des films…non-existants. Ruez-vous à la Cinémathèque le 17 juillet pour le vernissage, ou du 20 au 29 pour être témoin/membre actif de cette occasion unique d’embrasser ce que notre Premier Ministre s’affaire à ruiner: le cinéma, le vrai, celui qui a des couilles et qui les utilise. If They Came From Within sera ensuite en tournée canadienne afin de répondre la (fausse) bonne nouvelle.

Le Reggie’s accueillera également un des piliers de la théorie contemporaine du cinéma, le professeur David Bordwell, cognitiviste et formaliste à ses heures, grand fan du cinéma de Hong Kong; il viendra vous parler de cette industrie et de son impact sur la production occidentale et le film de genre. Vous pouvez préparer quelques questions en consultant son ouvrage Planet Hong Kong: Popular Cinema and the Art of Entertainment (2000). Remarquez que je dis « vous », car une obligation familiale m’empêchera d’y assister (Diantre ! Ô cieux ingrats, damnation, etc). L’universitaire groupie/autodidacte informé en vous sera peut-être heureux d’apprendre que Fantasia remettra au controversé théoricien un prix d’excellence pour l’ensemble de sa carrière durant cette classe de maître, le 5 août prochain.

Créateurs et créatrices, le festival a mis en place les « Rendez-vous de l’industrie », une série d’ateliers regroupant des intervenants dans le milieu du cinéma (producteurs, distributeurs, réalisateurs); ils porteront sur les possibilités de tournage au Québec, les stratégies de promotion transmédiatique, la coproduction internationale et plus encore. Comme ces ateliers ont des places très limitées et d’abord réservées aux invités de Fantasia, sachez qu’il vaut mieux vous présenter d’avance si vous souhaitez y assister. Pourquoi vous en parler, si le tout semble déjà bien déterminé à l’avance ? C’est qu’en conférence de presse, l’équipe du festival a annoncé la création de » Frontières », un marché de coproduction internationale qui s’annonce déjà comme étant une initiative phénoménale: Stuart Gordon et Bruce McDonald (je l’adore et le plogue, bon) sont parmi les cinéastes ayant annoncé la création de projets !

Si cette même obligation familiale m’empêche d’assister au « Fantastique week-end du court métrage québécois » (Diantre ! Ô cieux ingrats, damnation, etc), je ne me gênerai pas pour présenter cet événement comme meilleure alternative possible à Snoop Dogg et aux Black Keys. La salle J.A. de Sève accueillera du 3 au 5 août prochain une centaine de films regroupés sous dix thématiques. Comme Fantasia est bien blood et que le festival tisse des liens privilégiés avec les différents acteurs de notre riche cinématographie, deux sections bien particulières risquent d’attirer l’attention: le tronçon dédié aux oeuvres des finissants de l’INIS et celui réservé à des courts réalisés par des étudiants de la Mel Hoppenheim School of Cinema (Université Concordia) entre 2006 et 2012.

Et….les films. LES FILMS !

Je n’ai pas envie de vous faire un panorama détaillé; plusieurs vagues de titres ont été annoncés durant les semaines précédentes et, petit rat des bibliothèques internet que vous êtes, rien ne vous échappe. Parce que cette année est peut-être ma dernière à la barre de cet humble blogue (2012 =  apocalypse), j’ai envie de foutre le feu à ma zone de confort. C’est pourquoi vous trouverez mon popotin aux représentations figurant dans la section AXIS consacrée au cinéma d’animation international, celles regroupant la Corée, le Japon et les Philippines (un fabuleux spotlight sur un cinéma innovateur et en ébullition). Je m’emparerai de cette perche que tend Fantasia à ses admirateurs, quitte à sacrifier un langage critique articulé pour une perte de repères étourdissante et stimulante. Il.le.faut.

Toutefois, voici quelques incontournables personnels qui me font déjà taper du pied:

1. L’hommage à Jennifer Lynch avec la présentation de son nouveau film Chained (2012), où Vincent D’Onofrio se transforme en un tueur kidnappant un jeune garçon afin de l’élever et l’initier à sa profession. Despite the Gods (2012) de la cinéaste australienne Penny Vosniak sera également projeté; le documentaire suit Lynch lors du tournage en terre indienne de Hisss (2010), le Waterloo/Heart of Darkness de la cinéaste américaine. Hisss aurait dû être projeté au FNC il y a de cela deux ans, mais quelques tracas de bobines ont empêché le tout. Projections en présence de la réalisatrice et Lynch.

2. Place aux zombies avec Juan of the Dead (Alejandro Brugués, 2011), un des rares films cubains à être projeté chez nous, rempli de belles promesses satiriques…on parle d’un requin comme chez Fulci et son Zombi 2: j’y serai ! Même son de cloche avec Zombie 108 (2012) de Joe Chien, qui se targue d’être le premier film de morts-vivants taïwanais, tout en se présentant comme un bel hommage aux classiques des genres zombie et kung fu. Zombie Ass (2011) du réalisateur japonais Noboru Iguchi s’annonce plus léger mais tout aussi gore, avec son sous-titre « toilet of the dead ». Zombies are people…vraiment ? Qui vivra verra à « La Nuit Excentrique », qui présentera des images d’archives explorant l’univers zombiesque. Si vous avez manqué le colloque Invasion Montréal le week-end dernier, c’est l’occasion de vous rattraper côté anthropologie/sociologie.

3. Wrong (2012), deuxième long-métrage de Quentin Dupieux (Mr. Oizo), met en scène la disparition de Paul, le fidèle compagnon de Dolph. Si vous pensiez qu’un pneu tueur en série paraissait farfelu, ce kidnapping canin risque de faire éclater les standards établis par le précédent Rubber. Y a qu’à voir l’affiche…

4. Présenté en première québécoise, V/H/S est une création collective regroupant les cinéastes David Bruckner, Glenn McQuaid, Radio Silence, Joe Swanberg, Ti West et Adam Wingard; une mystérieuse vidéocassette est le point focal de six segments filmiques plus horrifiants les uns que les autres. J’ose me fier à la bande-annonce pour affirmer qu’il sera un des films les plus attendus, que ce soit pour lui lancer des roses ou l’attendre avec une brique et un fanal.

5. Carrie + Heathers + Nine Inch Nails + David Cronenberg + John Waters = une particule d’Excision (2012), premier long métrage de l’américain Richard Bates Jr faisant suite au court du même nom (2008). Une jeune fille aspirant à une carrière en médecine éprouve de sérieux troubles hormonaux. De très, très, très sérieux dérangements.

6. La gothiciste en moi assistera aux projections entourant le lancement de l’ouvrage House of Psychotic Women, par Kier-La Janisse. La rétrospective regroupera Full Circle (Richard Loncraine, 1977), Possession (Andrzej Zulawski, 1981), Christiane F. (Uli Edel, 1981) et Dr. Jekyll et les femmes (Walerian Borowczyk, 1981). Bien que le bouquin de KLJ s’attarde au cinéma de l’horreur et d’exploitation, l’hystérie et le masochisme sont des thèmes abordés par de nombreuses théoriciennes en littérature gothique et en cultural studies. Michelle A. Massé a publié en 1992 un ouvrage intitulé In the Name of Love: Women, Masochism and the Gothic, que je vous recommande chaudement si le sujet vous intéresse.

7. Killer Joe (2012), de William Friedkin. Pourquoi ? Parce que.

Sur cette note arrogante mais festive, je vous dis « À très bientôt, et bon festival ! « 

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À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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