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Oncle Lester

Fantasia 20/07: de « chat, chat, chat » à « jajaja »

Claudia Boutin
21 juillet 2012

Children Who Chase Lost Voices From Deep Below

Non, ça n’est pas le titre d’un album de Fiona Apple.

Le long métrage de Makoto Shinkai était la première oeuvre projetée dans le cadre d’AXIS, une section où le cinéma d’animation international est roi et maître à Fantasia. Cette première « bouchée » japonaise fut plus que satisfaisante pour la néophyte que je suis: une collation cinéphilique costaude que le périple d’Asuna, une jeune fille esseulée mais brillante, en quête d’aventures dans une terre du milieu. Il suffit de quelques visites du côté du corpus cinématographique japonais (en prises de vue réelles ou non) pour réaliser à quel point la mort est abordée avec beaucoup d’aisance, tout en obligeant le spectateur-autruche (occidental) à se hisser le cou hors du sable chaud et confortable: tous, nous mourrons un jour, et il n’est pas cruel ou inhumain de rendre honneur à ce passage qu’est la mort. Le film de Shinkai parvient à aborder le deuil avec une part égale de fantaisie et de cruauté, tant par l’histoire que par l’image. L’opulence des couleurs est incroyable, rappelant parfois la palette de Kurosawa pour Dreams, particulièrement dans le segment du voyageur et Van Gogh; si  la tache et le coup de brosse impressionnistes sont bien présents dans l’esthétique visuelle de Children Who Chase, il y a des obliques et une rondeur dans le trait de Shinkai qui lui confèrent un souffle expressionniste. Les séquences sous-marines sont à couper…le souffle/sifflet.

Impossible de rester indifférent devant ce personnage attachant qu’est Asuna: ici, pas de nubile timide mais futée, ou de wannabe Lara Croft avec un diadème. Donnez-m’en, des fillettes qui dévorent des sandwichs, fabriquent des radios et affrontent des créatures zombiesques pour pleurer ensuite le départ de leur chat. Shinkai a su curer par chez nous toute association de « princessage » avec l’animation mettant en vedette un ou une jeune protagoniste. Bon, je ne sors pas souvent, me direz-vous, mais c’est que malgré les incohérences occasionnelles du scénario, j’ai bien aimé que la fillette côtoie tout aussi bien les créatures préhistoriques que les armes automatiques, les bateaux volants et autres vaisseaux métalliques. Érudits, guidez-moi: ce ton mélodramatique présent dans Children Who Chase, c’est une convention générique pour la majorité des animés ? Je me refuse à croire que Blood-C: The Last Dark, présenté immédiatement après le film de Shinkai, se termine lui aussi avec une chanson tricotée par la Mandy Moore nationale ? Un beau gâchis, surtout après avoir entendu la superbe musique composée par Tenmon, collaborateur de longue date du cinéaste.

Truc insolite: vous aimez les chats, mais n’en pouvez plus des photos contenant un spécimen félin déguisé en banane ? La solution est ici, signée Makoto Shinkai.

« Juan of the Dead, we kill your beloved ones, how can I help you ? »



Réglons d’abord une chose: ne cherchez pas le moment-requin à la Fulci dans le second long métrage de l’Argentin Alejandro Brugués. C’est un commentaire très prometteur, mais trop dithyrambique envers une séquence qui, quoique bien orchestrée, renvoie plutôt du côté de Deep Blue Sea (Renny Harlin, 1999) avec l’apparition subite d’un squale. Voilà, je me calme le gros nerf…

…parce que Juan of the Dead livre la marchandise, dios mio ! Beaucoup de plaisir à suivre la mission de Juan et sa bande d’assassins improvisée, qui essaie tant bien que mal de défendre une Havane aux prises avec des dissidents zombiesques. Et de faire quelques sous, bien entendu. Pas étonnant que le film ait remporté le prix du meilleur scénario lors de la dernière édition du Festival Fantasporto, et que le public du Miami Film Festival ait cru bon de souligner la performance d’Alexis Diaz de Villegas. Dans le rôle de Juan le Survivant, de Villegas fait preuve d’une justesse à foutre sur le derrière…oui, oui, d’une justesse: les blagues grassettes glissent vers vous telle une tranche de bacon sur une plaque bien huilée grâce la physicalité peu commune de l’acteur (du moins pour nous; côté maigrichon attirant, pensez Jeff Goldblum dans The Fly ou Will and Grace). L’acolyte Lazaro (Jorge Molina) et sa progéniture dénommée Vladi California (Andros Perugorria) sont également tordants, alors que le premier revêt un costume de plongée fluo et que le second s’empare des biens personnels d’une nouvelle zombifiée, fraîchement titubante. Ce que vous voyez dans la bande-annonce est ce que vous recevrez au mois d’août, en assistant à une projection de Juan au Cinéma du Parc: les zombies en prennent toute une et vous aussi par le fait même, car Brugués connaît son cinéma de zombies et a un sens inouï du punch. Une séquence unissant harpon géant et foule zombiesque a crée un véritable tollé dans le Théâtre Hall hier. Je lève mes menottes au réalisateur-scénariste: ha-ha, il vous faudra faire un tour coin Prince-Arthur et Parc dès le 10 août pour bien la saisir !

Si vous êtes un tantinet curieux, les conditions de tournage de Juan of the Dead vous intrigueront. Comment une coproduction entre l’Espagne, le Mexique et Cuba a-t-elle pu résulter en une telle satyre du régime  des cinquante dernières années ? Brugués a fait ses études en terre cubaine, et de Villegas est une figure importante du milieu académique/indépendant de son pays (il est réalisateur et acteur, mais également professeur à l’Institut Supérieur des Arts): ils s’en tirent de quelle façon ? Castro reçoit plusieurs vannes, et ce sont les clichés entretenus envers son peuple qui sont dénoncés ici et là, avec une poignée de blagues cinglantes. Qui a pu apposer un sceau pour financer et distribuer cette bibitte filmique, sans la censurer de part et d’autre ?

Une chose est certaine, c’est qu’il fait bon de voir et d’entendre Cuba sur grand écran, et pas seulement lors du Festival de cinéma latino-américain de Montréal ou du FIFEQ, deux importants lieux de diffusion alternatifs. Mais l’art et l’anthropologie, ça peut aussi être une affaire de tripes, non ?

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Samedi le 21 juillet, Bangbang continue son voyage initiatique avec:

- A Little Bit Zombie, du Canadien Casey Walker. L’horreur d’ici mérite d’être célébrée, ainsi que son bagage intertextuel, bon ! Au Théâtre Hall, à 13h, en présence du réalisateur et des acteurs.

- Voir ci-dessus le commentaire sur le cinéma de genre national: le panel  « If They Came From Within » se tiendra au  bar Reggies à 17h, en présence de l’équipe derrière le projet mis en branle par Dave Alexander (Rue Morgue).

- Wrong, de Quentin Dupieux. On aime ou on déteste son pneu hitchcockien. J’ai aimé. J’attends avec impatience ce deuxième effort. Au Théâtre Hall, 21h55. Wouf !

- Zombie Ass, Théâtre Hall, minuit: Noboru Iguchi, celui qui agence malaise et kitsch avec tant de plaisir ! Fantasia ne serait pas le festival qu’il est sans les représentations nocturnes. En présence du réalisateur, mais sans les sushis-tueurs.

2 commentaires
  • Kristof G.
    21 juillet 2012

    Comme disait un certain Tony, GRRRRREEEEAAAAT! On se voit dans l’pit! ;)

  • Claudia Boutin
    21 juillet 2012

    Allrighty then ! Toujours un plaisir !

Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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