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Oncle Lester

Fantasia 21/07: de héros à zéro (cerveau)

Claudia Boutin
22 juillet 2012

« Bbbbrrrraaaaiiiinnnnsss ! »

Ma collègue Laurence « belle face » Lebel  et moi-même ne parvenons pas à nous croiser à Fantasia; aussi, c’est avec joie que j’ai appris que nous avions toutes deux assisté à la projection de A Little Bit Zombie (2012) en lisant son billet sur le premier long métrage du réalisateur canadien Casey Walker. D’Honolulu à Huston, le film rafle tous les prix pour lesquels il est en nomination et sera disponible en DVD au mois d’août pour les fans de cette créature au riche potentiel qu’est le zombie. Je retiendrai des péripéties de Steve (Kristopher Turner) et sa bande quelques bonnes blagues reliées à l’expulsion de fluides (salive et vomissures), mais surtout un indice que le mort-vivant envahi littéralement tous les genres du cinéma contemporain. Le film ne se contente pas de parodier ses aïeuls tant qu’il leur rend hommage ici et là, comme le font la plupart des zombie flick, et devient intéressant lorsqu’il touche au registre de la comédie de situation (l’importance du mariage et la dévotion envers l’être cher) et du film pour adolescents (le jock et ses tics homophobes, la copine plantureuse qui forme exceptionnellement une équipe avec son ennemie, la soeur introvertie, ).  A Little Bit Zombie s’amuse bien sûr à piétiner ces tracés, notamment avec une séquence particulièrement efficace où les deux personnages féminins se pomponnent pour aller chasser…de la matière grise; vous y remarquerez peut-être la présence du géant Robert Maillet (aperçu dans Sherlock Holmes de Guy Ritchie, 2009) dans le rôle d’un redneck dégoûtant. Ew !, comme dirait Jimmy Fallon.

Un film amusant, qui doit beaucoup au charisme de ses acteurs, dont Stephen McHattie l’homme à tout faire, également dans The Tall Man (Pascal Laugier, 2012) et Eddie: The Sleepwalking Cannibal (Boris Rodriguez, 2012), tous deux projetés à Fantasia cette année. Dans le rôle du pauvre bougre en processus de zombification, Kristopher Turner s’éloigne de l’approche plus naturaliste de ses collègues et donne dans la mimique clownesque plus souvent qu’autrement; le tout est parfois agaçant, alors qu’il n’y a nul besoin de surjouer dans le cas présent, les dialogues étant déjà « riches » sans la présence de cabotinage. Si l’affiche nous ramène aux films de National Lampoon, Turner s’improvise parfois comme le Chevy Chase du récit…ce qui n’est pas si mal, à bien y penser.

« My life, my dog, my strenght » : Wrong, de Quentin Dupieux

Ceux qui s’attendaient à un Rubber 2 (dont moi) seront d’abord déçus par le second long métrage du réalisateur français. La séquence d’ouverture laisse entendre qu’une telle affiliation est possible, alors que Dupieux déplie savamment chaque facette d’une intervention policière; big up à Steven Ellison, alias Flying Lotus, qui s’improvise pompier dans une situation, disons, délicate. Si les aventures de Bob le pneu revisitaient les genres de l’horreur et du suspense policier, offrant au passage une réflexion peu subtile mais efficace sur nos attentes en tant que spectateurs-acteurs, Wrong (2012) plonge tête première dans l’absurde. Ce dernier est plus qu’un effet recherché: il devient littéralement le moteur de ce récit relatant le kidnapping de Paul, le chien bien-aimé de Dolph Springers (Jack Plotnick). Se réveillant aux alentours de 7h60, Dolph constate par un matin ensoleillé la disparition de son fidèle compagnon; s’en suivront une discussion avec un voisin joggeur, des angoisses quant au logo de la pizzeria Jesus Organic Pizza, la rencontre du gourou canin Master Chang (William Fichtner, excellent) et une enquête policière dont la pièce à conviction majeure est une crotte de chien. Oui, une crotte de chien.

Une fois les attentes et autres désirs sériels époussetés, Dupieux parvient à nous charmer par le doigté minutieux dont il fait preuve en orchestrant des fragments plutôt disparates en un tout cohérent. Si la vie menée par Dolph semble d’abord merveilleuse, au sens où l’évidente absurdité des propos (pour nous, du moins) échangés avec son voisin Mike semble être monnaie courante pour lui, le film bascule de plus en plus dans une spirale kafkaïenne rappelant le After Hours (1985) de Martin Scorsese. La perte de repères subie par Dolph est empreinte d’un pathétisme cruel, alors qu’il n’arrive plus à saisir ce qui lui arrive…contrairement à nous, qui avons accès à des principes de logique narrative lui étant hors d’atteinte. Dans le rôle du héros mal en point,  Jack Plotnick émeut par son humanité, alors que son personnage subit plus qu’il ne choisit, que ce soit par rapport à son congédiement (et le refus de celui-ci), à un sapin ayant miraculeusement remplacé un palmier bien-aimé ou une voiture fraîchement repeinte à son insu. Plotnick a précédemment joué le rôle d’un comptable laissé aux abords d’une route désertique dans Rubber; grâce à cette incarnation de Dolph, Dupieux pourrait bien avoir trouvé en lui son Bill Murray.

Mention spéciale à la direction photo, littéralement sublime: pensez à Fargo et ses grandes plaines enneigées et ses fondus au blanc, version californienne.

Disgression 101: les policiers ont une place particulière dans le coeur et l’iris du réalisateur. En mai dernier, Dupieux présentait à Cannes un court métrage nommé Wrong Cops – Chapter One (2012), sans lien avec notre objet d’intérêt principal. D’une durée de treize minutes, le film met en vedette Marilyn Manson SANS MAQUILLAGE dans le rôle d’un adolescent plutôt mou et introverti, et qui se lie plus ou moins d’amitié avec Duke (Mark Burnham), un officier oh so cocky. Je n’ai qu’un teaser à vous offrir, mais sachez que le tout n’est qu’un avant-goût du prochain long métrage du réalisateur dont la sortie est prévue pour 2013. Vous pouvez y jeter un coup d’oeil ici.

Zombie Ass, de Noboru Iguchi: plaisir pervers ?

Poser la question, c’est carrément y répondre.

Sachez qu’Iguchi et son acolyte-compositeur Fukada sont arrivés au Théâtre Hall en petite tenue: il n’y a rien comme une couche de sumo afin de vous mettre dans l’ambiance intellectuelle appropriée pour:

- Voir une écolière aller faire du camping dans son costume pour mieux l’enlever lors d’une douche commune entre copines.

- Être confronté à des zombies qui, une fois sortis de la fosse septique où ils se cachaient, tombent tête première dans un tas d’excréments.

- Suivre une intrigue (et le mot est fort) se concentrant autour d’une invasion de parasites qui annoncent leur présence par des flatulences hautes en couleurs.

- Être accompagné par une délicieuse musique virevoltant entre les registres de la soft porn (où a précédemment oeuvré  Iguchi) et le feuilleton de type roman savon.

Pour ceux qui auraient manqué cette expérience unique -  car je vous jure qu’elle implique votre corps et votre coeur en entier – le déjanté réalisateur et Fukuda seront de nouveau présents pour la projection de Dead Sushi ce soir au Théâtre Hall, à 19h10.

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Bons moments à venir avec:

- Lloyd the Conqueror (2011), du réalisateur canadien Michael Peterson. Un film qui explore les jeux de rôle de grandeur nature ? Je ne sais pas pour vous, mais ça me permettra d’élargir mes horizons.

- My Amityville Horror (2012), d’Eric Walter.  Parce que mon contact avec la famille Lutz se résume aux muscles seyants de Ryan Reynolds et à la moue angoissée de James Brolin.

Pas encore de commentaire.

Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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