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Oncle Lester

Fantasia 28/07: V/H/S, par une équipe de la mort/qui mord

Claudia Boutin
30 juillet 2012

La prémisse est simple: six cinéastes  unissent leur force et brodent divers épisodes autour d’un récit central, celui d’une bande de voyous à la recherche d’une vidéocassette. Caméra subjective et esthétique du found footage sont les outils mandataires. Il en résulte une nausée visuelle et narrative qui perdure jusqu’à la toute dernière minute. Deux heures de cinéma bien musclées.

V/H/S (2012) est fait pour être présenté à Fantasia. Les cinéastes y étant associés sont plus que des chouchous pour les festivaliers: ils font  l’objet parfois d’un culte (Ti West pourrait nous vendre l’idée d’une patate hantée qu’elle serait immédiatement applaudie) et leurs efforts sont plus souvent qu’autrement honorés (Adam Wingard s’est méritée une rétrospective au festival l’an dernier). Surtout, le film  invite le public à réagir TRÈS fortement à ses propositions; si j’avais amassé vingt-cinq sous à chaque fois où il y a eu, en choeur, des éclats de rire rejoignant le malaise expiré et des sursauts sonores, je serais en position d’aller voir Patti Smith et Neil Young en novembre prochain. Une récolte des plus abondantes, sans compter les mains qui s’empressent de couvrir les yeux devant une gorge tranchée ou les visages se transformant en raisins secs, tout plissés d’horreur, durant une éviscération. Le Théâtre Hall est parfait pour ce laisser-aller collectif, transformant une simple projection en une expérience totale.

Le film réunit plusieurs éléments typiques du cinéma de l’horreur, qui doivent leur présence au support proposé par la diégèse. Le caméscope est entre les mains de jeunes protagonistes, et on ne s’étonnera pas de voir ici et là des poitrines mises à nue ainsi que des universitaires en état d’ivresse. Le dispositif s’éloigne rarement de ses fonctions habituelles, où il sert à documenter un road trip en amoureux, à filmer des ébats, et est source de fascination en tant que nouvelle technologie (dans le segment pris en charge par David Bruckner, la caméra est cachée dans une paire de lunettes). C’est lorsque l’objet permet de détecter une entité surnaturelle qu’il y a originalité au niveau de la forme. Si quelques éléments de l’histoire sont plus ou moins clairs, les propositions de Glenn McQuaid et Joe Swanberg se démarquent des approches plus classiques de leurs collègues. Le premier présente une bande d’amis en forêt, aux prises avec un tueur virtuel, un homme aux contours flous, mais à la lame tranchante; sa présence est perceptible à l’écran grâce l’apparition de lignes brouillant la netteté (ha, que de bons souvenirs !). Swanberg ramène quant à lui son micro-récit aux technologies contemporaines avec un couple qui discute des bruits entendus par madame durant la nuit, via Skype : une bonne façon de revamper le champ contrechamp (de l’annuler ?), alors que l’on voit et prévoit tout, tout, tout !

Ludique et horrifique ne vont pas l’un sans l’autre, et V/H/S en est un bon exemple. Tous les topos, de la créature présente dans le micro-récit de Bruckner jusqu’à la jeune femme exorcisée dans le projet du collectif Radio Silence (mention spéciale pour les effets spéciaux extraordinaires), vous seront familiers si vous avez un tant soit peu fréquenté la section « horreur » de votre club vidéo. Si on peut sourciller devant la facilité qui émane de certains choix (au niveau des transitions, notamment), on se plaît à se retrouver dans l’univers très codifié de V/H/S, et les infimes variations qu’y apporte l’équipe sont jouissives. Ici, pas de trucages mal exécutés ou de maquillages ratés: le film comprend des moments très dérangeants, notamment avec Ti West et le jeune couple qu’il met en scène, ou encore avec les flashback et flashforward présents dans la section de McQuaid. C’est peut-être parce qu’il montre tout et qu’il ne laisse aucune question sans réponse que le film, aussi efficace soit-il, ne risque pas de nous hanter au beau milieu de la nuit comme l’avait fait certaines scènes de Paranormal Activity (Oren Peli, 2007) ou encore la séquence finale du Blair Witch Project (Daniel Myrick et Eduardo Sanchez, 1999).

Stratégie minimale, résultat maximal.

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Oncle Lester

Claudia Boutin

À la fois nulle part et partout: un blogue loin des montres et des calendriers.

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